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lundi 3 juin 2024

Végétaline

 

 

Les fréquentes interruptions sont un des aspects usants à affronter au quotidien à l'atelier. Surtout quand elle ne sont pas justifiées ou sans rapport avec mon travail (vous aurez quelques exemples typiques plus bas). Le rappeler est d'une banalité absolue mais la mécanique réclame une attention un peu soutenue. C'est pour cette raison que, dans la mesure du possible, j'effectue les taches les plus délicates lorsque l'atelier est fermé. Mes maigres capacités de concentration ne sont pas entravées. Je risque moins de bâcler, oublier, négliger quoi que ce soit. Travailler est une contrainte, alors tant qu'à faire autant avoir l'esprit libre.
 
Et puis, être interrompu même quand j'effectue des opérations simples entraîne à coup sûr, à force de répétition, un morcellement mental qui induit de la fatigue nerveuse et génère la frustration de ne pas être maître de son temps.
 
Pour essayer de mieux me représenter tout ça, vendredi dernier, j'ai scrupuleusement coché chaque fois où j'ai posé mes outils pour avoir une interaction. J'ai défini de grandes familles : le téléphone fixe, le téléphone portable, la pompe à vélo en libre-service, et évidemment les échanges avec ma clientèle. Je souligne que c'est vous qui me payez, j'ai besoin de vous, là n'est pas la question et ce qui est vraiment épuisant ce sont les demandes intempestives (et aussi un peu la "bricole" très chronophage j'y reviendrai un jour je pense).

Donc, ce vendredi gris et morne où l'activité était "automnale" (c'est à dire trèèèès calme) j'ai recu 12 appels sur le téléphone fixe. Dont l'inévitable appel pour une réparation de trottinette électrique, pratique qui m'est aussi étrangère que l'araméen ancien. Dans le lot il y a eu un ou deux appels de démarchage qui m'agacent fortement mais qui sont aussi l'occasion de dire que le "gérant" n'est pas disponible et qu'"il faut rappeler entre 22h30 et 22h45 pour le joindre". Bref.
 
J'ai reçu 10 appels sur le portable de l'atelier et je n'ai pas compté les messages échangés. Sachez que je m'interdis de répondre au téléphone avant une heure que je ne divulguerai pas ici pour ménager ma tranquillité. Néanmoins sur un créneau matinal de 1h30 j'ai décroché en moyenne le combiné toutes les 15 mn.
 
Pour une fois la pompe à vélo en libre-service n'aura occasionné qu'une seule interruption de mon travail. Il faut savoir qu'elle est grande pourvoyeuse d'appel au secours avec parfois une mauvaise foi intersidérale quant à sa supposée très haute technicité ou, plus énervant pour un mécano, le fantasme qu'elle serait défecteuse. Bref, on était loin d'une journée de soleil où l'animal social endormi se réveille brusquement avec un désir impérieux de pédaler au grand air avec ses congénères en troupeau.
 
J'ai reçu également ma factrice et 3 livreurs que je m'efforce de ne pas faire patienter tant leur concours est précieux au bon déroulement de mon travail.
 
Et puis il a ma chère clientèle avec qui j'ai interagi à 22 reprises : pour un renseignement, un dépôt ou une reprise de vélo. Mais pas que, puisque dans le lot, il m'a fallu expliquer que je ne prêterai pas mes outils pour vidanger un scooter dans la rue. J'ai aussi participé à l'élaboration du parcours d'un baroudeur à vélo et pour ce non-francophone j'ai repris le téléphone pour réserver un camping. Sans oublier le client de 17h57 qui vient reprendre son vélo alors que je viens de glisser la clé dans la serrure.
 
Je ne vais pas m'aventurer dans des statistiques pénibles (et mal maîtrisées) qui au final ne porteraient aucune signification sérieuse tant tout ceci est subjectif. Certaines de ces interactions étaient essentielles et constitutives de l'atelier alors que d'autres me paraissent plus dispensables, surtout quand on sait qu'une clé plate vaut quelques euros dans un supermarché et qu'il n'est pas utile de répandre plus d'huile dans le caniveau qui mène à la faune et le flore de la Maine.
 
Si vous voulez avoir une image réaliste de ce que cela occasionne sur ma personne imaginez un cerveau en Végétaline. Vous savez cette matière avec laquelle on cuit les frites. Le matin mon cerveau est solide et consistant. Peu à peu, à force d'interruptions plus ou moins intempestives, il se liquéfie jusqu'à entrer en ébullition. Alors certes, après le travail avec un temps de repos il retrouve sa forme solide mais à chaque cycle de petites impuretés issues de la cuisson viennent polluer la qualité générale de ma matière grise. Une lente et insidieuse dégradation s'installe.

Certain-e-s client-e-s (d'expérience pas vous qui me lisez) sont surpris-e-s de l'usure de certaines pièces de leur vélo. Comme s'il ne pouvait pas se dégrader et qu'il était indestructible. Sans surprise, il en va de même du mécano.
 
Client assidu de nombre de boulangeries de cette ville, je suis admiratif du calme olympien des vendeuses (9 fois sur 10 ce sont des femmes). Elles affrontent les lubies de centaines de personnes chaque jour et nous les interrompons avec une fréquence qui me fait froid dans le dos. Un tel veut sa baguette "bien cuite mais pas trop quand même" et veut "celle tout à gauche là, derrière la première sous votre main", telle autre achète le journal mais il lui manque 10 centimes qu'elle amènera "après sa sieste". Un rythme et une multiplicité de demandes clairement insoutenables pour ma petite personne.
 
Cette analogie approximative ruine tout espoir de conclusion pour ce billet, à parler Végétaline, j'ai désormais faim de frites. On ne se refait pas.
 
 

Ps : Je n'ai pas eu la muflerie de compter les apparitions des mes ami-e-s à l'atelier. Ils et elles participent de la qualité de vie au travail que je recherche.

lundi 5 septembre 2022

On peut toujours essayer

Chaque journée d'atelier qui passe me rappelle que l'imagination humaine n'a pas de limites. L'important c'est d'y croire paraît-il.



vendredi 4 mars 2022

Monstres météorologiques

Après toutes ces années à vous observer, j'ai tiré quelques conclusions et j'ai compris que la météorologie influait fortement sur le comportement des cyclistes occasionel-le-s. Une analogie cinématographique un peu maladroite m'est venue en observant certaines attitudes plus stéréotypiques (et souvent moins rationnelle) que d'autres.
 
Les mogwaïs sont des peluches vivantes inoffensives, à conditions de respecter certaines règles que je ne vais pas développer puisque je les détourne à ma guise. Lors de certaines circonstances ces doux petits êtres peuvent se muer en créatures abjectes et agressives, les gremlins.
 
J'ai pu remarquer, qu'après un long et pluvieux hiver typique de notre cher climat océanique, lorsqu'arrivent les beaux jours et que le soleil darde ses rayons, c'est ce genre de cyclistes qui vient me déposer son vélo :
Pour caricaturer le discours est souvent très pressant, voire passif-agressif, les délais de réparation que j'annonce sont accueillis par des soupirs de désespoir, les jambes trépignent. Les négociations sont homériques et parfois tendues alors que je subodore en certains cas que le vélo a passé les six derniers sans faire un tour de roue.
 
Il peut advenir que par la grâce de notre cher climat océanique le temps tourne à la pluie alors que le vélo des mêmes client-e-s est prêt et stockés à l'atelier. Dès lors je ne ressens plus le même entrain à pédaler et, si la pluie persiste, je dois relancer les client-e-s par message, voire les appeler à plusieurs reprises. Au téléphone le ton a changé :
Vous essayez alors de m'apitoyer avec persuasion, à tel point que parfois j'entends les larmes dans vos yeux. Tout y passe, les enfants malades, les soucis professionnels ou sentimentaux. Parfois un peu de tout ça en même temps.

Fort heureusement, je ne crois pas aux gremlins et peu d'entre-vous disposent d'un répertoire théâtral étendu. A vrai dire vous jouez plutôt mal. Vous ne progressez guère mais soyez assuré-e-s que je reste bon public et que je jubile à l'arrivée de votre nouvelle saison.

mercredi 25 août 2021

Le nid de Dumbo

 
Je ne me lasse pas de vos jeux de mots involontaires et de vos approximations langagières si créatives. Et puis, la pandémie à au moins ceci de pratique que je peux facilement réprimer mes fous rires derrière mon masque.
 
Il y a peu je dialogue avec un client au sujet d'une roue défoncée. Bien que d'un âge canonique, la personne s'interroge sur les causes qui ont pu en précipiter le trépas (pas de confusion, c'est la roue qui est d'âge canonique) :
 
-Il n'y a pas longtemps je me suis pris un "nid d'éléphant", ça peut jouer ?
 
Bien que la traversée d'un simple nid de poule représente un choc potentiellement suffisant pour casser un ou deux rayons, je n'ai pas détrompé mon interlocuteur tant la rencontre avec la couche de Dumbo l'a durablement marqué.

jeudi 31 décembre 2020

Mysoginie latente de la langue française

Il y a désormais prescription sur mon activité salariée de ces deux derniers mois et je sors du devoir de réserve que je m'étais imposé. C'est donc avec une jubilation mâtinée de malice que je propose une photo d'un document dont j'avais l'usage. Notez que je n'ai rien fait pour que l'erreur qui s'y est glissée soit corrigée. Je me dis que mon/ma successeur-e aura aussi la lourde tâche de réprimer un fou rire en découvrant la coquille. En ce qui me concerne, j'ai du m'éclipser près du compresseur en espérant que celui-ci fasse assez de boucan pour camoufler mes sanglots de joie.

Note : pour les non initié-e-s, parmi les outils d'un atelier vélo, il y a les "clés à cônes" dédiées aux réglages des roulements à billes des moyeux qui sont contraints par une pièce nommée "cône". Ces clés plates se caractérisent par leur faible épaisseur.

Ps : Je vous souhaite une année 2021 ! Pour ce qui est de la qualifier je reste prudent car il est trop tôt.

 

 

samedi 29 septembre 2018

Riquiqui


Depuis la rue, une dame toute pimpante me hèle :
 -Vous pouvez regonflez mes pneus c'est tout mou ?
-Oui, j'arrive...
Je n'ai même pas le temps de faire un pas qu'elle enchaîne à grands cris :
-Oui, parce que je ne vois même pas le petit zizi !

Vous aurez bien sûr compris qu'elle parlait de la valve de sa chambre à air.

jeudi 30 août 2018

Méprise de tête


Le téléphone sonne. Un client vient aux nouvelles. Où en sont les réparations du vélo confié la veille ? Je demande si j'ai envoyé un message stipulant que le vélo est prêt. Il semble que non. Je demande une description rapide du vélo et, par acquis de conscience, je vérifie s'il est stocké avec les autres, auquel cas j'aurai oublié de prévenir le propriétaire. Je suis sceptique, la description du vélo ne me dit rien. Le daltonien que je suis demande un coup d'oeil à deux amis qui vivent dans un monde exempt du "vert moutarde". Ils confirment : aucun vélo ne colle à la description.

Nombre de cyclistes n'ont qu'une vague représentation de leur vélo. Certain-e-s n'en connaissent pas la marque, d'autres décrivent un vtc comme étant un vélo de route. Souvent la couleur est aussi fantaisiste que la perception que j'en ai. Alors, je reprends le numéro de la personne et m'engage à la rappeler après avoir passé au peigne fin toutes les fiches de réparations des vélos pour les comparer avec le contact en question.

Nouvel échec.

Je reprends le combiné. L'anxiété monte. Aurais-je pour la première fois de ma carrière "perdu" le vélo d'un client ? Je perdrais en même temps la face. Je demande si mon interlocuteur ne confond pas mon atelier avec le magasin de mes confrères situé une centaine de mètres plus loin dans la même rue. Cette méprise est courante : après tout si certain-e-s cyclistes sont incapables de reconnaître leur destrier, il n'y a pas de raisons qu'ils/elles soient plus doué-e-s devant une devanture, ce même si les apparences n'ont rien de commun. Mon client s'énerve et s'exclame qu'il l'a bien laissé sa bicyclette chez moi : "là où il y a aussi des livres". Penaud, je raccroche et entame une nouvelle fouille exhaustive.

Malgré le stress qui frappe mes tempes, je me rémémore deux principes de base. Voici le premier mouvement de mon "bilogue" : "Le/la client-e a toujours tort". Le second découle en toute simplicité du premier : "Le mécanicien a toujours raison". Ces deux petites phrases bien senties et jamais démenties sont ma bouée pour résister à l'assaut des vagues de client-e-s en même temps qu'une boussole pour m'extraire de ce naufrage permanent que sont les relations humaines.

A l'aune de mes table-tte-s de la loi, je me rends d'un pas alerte vers la boutique de mon confrère. En deux temps, trois mouvements, avec le mécano, nous mettons la main sur un vélo qui correspond précisement à ma recherche.

Soulagé tout autant qu'exaspéré d'avoir gâché vingt belles minutes de ma courte existence, je passe un dernier coup de fil. J'ai l'impression que mon atelier s'est mué en scène de théâtre et bien que situé dans une petite rue, je ne vois que le terme de "boulevard". Heureusement cette scène à la recherche d'un vélo volage, avec beaucoup d'entrées et de sorties côté rue et côté atelier, touche à sa fin. Je l'ai tant joué que je ne m'y investi guère. Je cherche à bâcler. Je décris brièvement l'objet du quiproquo et le voile se lève enfin. Mon interlocuteur reconnait enfin sa bévue et, au lieu de marmonner une vague excuse, il me demande :

-Et vous savez s'il est prêt ?

Je me suis empressé de raccrocher, j'avais envie de passer du burlesque au registre grossier.

jeudi 7 juin 2018

Savoir-vivre et savoir-faire

Voici quelques scènes qui n'arrivent jamais.

A l'hôpital :
Bonjour, mon mari a une fistule mal placée. J'ai regardé vite fait sur Doctissimo et ça n'a pas l'air bien compliqué. Alors je vous emprunte le bloc numéro deux, j'en ai pas pour longtemps. Il est où l'anesthésiste qui va me seconder ? Tant qu'on y est vous me passez votre blouse ?

Au restaurant :
Je vais prendre cette petite table dans le coin ! Ne vous dérangez-pas j'ai mon pique-nique, il ne me manque que les couverts. Je peux avoir une carafe d'eau s'il vous plaît ?

Au garage automobile :
Ah zut, vous utilisez le pont élévateur... Dites, je viens de me procurer un embrayage sur internet, ça vous gêne pas de me laisser la place ? Vous seriez gentil, c'est juste qu'il me manque deux, trois outils !

Chez le/la fleuriste :
Je ne vous embête pas longtemps. Je vous explique. Je viens d'acheter ces belles fleurs sur le marché, il me manque un peu de papier et de ficelle pour faire joli. Vous me dépanneriez s'il vous plaît ?

Dans une boulangerie :
Bonjour. Ne vous dérangez pas, je viens faire mon pain. J'ai tout ce qu'il faut sauf le fournil, c'est ballot hein ! Je peux emprunter votre pétrin ? Et puis le four aussi ! Il fait drôlement chaud ici, y'a pas moyen d'aérer un peu ?

Aux pompes funèbres :
Excusez-moi, le chien de madame Michu est crevé. En farfouillant,j'ai bien trouvé une pelle dans votre local (où c'est un peu le bazar soit dit en passant) mais j'arrive pas à mettre la main sur les clés du corbillard...

Tout ça semble un poil surréaliste, non ? Encore que l'histoire de le/la fleuriste est réelle...

Si la honte pouvait tuer, je vous assure qu' il y aurait petit charnier sur le perron de l'atelier. Je me répète un peu mais les règles de décence s'appliquent aussi à mon égard. J'attire l'attention sur le fait qu'un métier ne se résume pas à la possession d'une caisse à outils. Disposer d'une échelle, d'un échafaudage et d'une bétonneuse ne transforme pas, par magie en maçon-ne chevronné-e

Je répète que c'est avec plaisir que je prête les outils de bases. Cependant, certains sont exclus du prêt, soit parce que j'en ai un besoin récurrent, soit parce qu'ils sont fragiles, onéreux, dangereux, que sais-je encore. Enfin et surtout le prêt n'est en rien une obligation pour moi et je n'ai pas à me justifier.

En conséquence, de la même manière que j'essaie d'améliorer au maximum mon petit savoir-faire, j'invite certaines personnes à entraîner leur savoir-vivre quand ils/elles veulent me taxer des outils.

On ne peut prêter de crédit à la valeur du respect que s'il est mutuel. Cette morale vaut bien un jeu de mot.

samedi 5 mai 2018

Laisser sa trace


La cohabitation de l'atelier avec la librairie est à l'origine de biens des quiproquos et parfois on peut assister à de purs moments de théâtre de boulevard. Voici le dernier exemple en date.

Quelqu'un entre et me demande s'il y a un rayon papeterie. Je lui réponds par la négative et m'apprêter à lui indiquer où trouver son bonheur quand la personne me coupe :

-Comme j'ai vu que vous vendiez des pneus je me suis dit que vous auriez ce que je cherche. J'ai besoin d'une gomme...

Voilà un raisonnement par l'absurde qui ne va pas s'effacer de ma mémoire de sitôt.

samedi 27 janvier 2018

Gratiné

 
Il y a des proximités phonétiques qui invitent au faux-pas. Un ami me l'a démontré avec brio cette semaine. Alors que je venais de lui présenter un porte-bidon de l'honorable entreprise Zéfal, celui-ci marque un temps d'arrêt et fronce les sourcils :

-Zéfal, c'est eux aussi qui font les poêles ?
-Je crois qui tu confonds avec Téfal.
-Ha oui, excuses-moi mais comme je fais pas souvent la cuisine...

La justification prouve si besoin en était que le gratin du cyclisme n'est pas toujours capable d'en faire un.

vendredi 2 juin 2017

Sentier de la guerre

Malgré l'expérience, j'ai toujours autant de mal à comprendre la logique qui prévaut dans le choix d'un nom de vélo. Parfois c'est tellement incongru que je ne cherche même plus d'explication. Actuellement j'ai un vélo dont le nom semble tout droit issu du jeu du cadavre exquis tellement il sonne comme une oxymore :

Uncle Sam
 
Cheyenne

Vous conviendrez qu'il y a eu des frictions entre les deux parties. Oncle Sam n'a pas été et n'est pas toujours tendre avec les premier-e-s habitant-e-s du continent sur lequel il a mis le pied. Ce qui me surprend c'est que Gitane n'a pas clairement pris fait et cause pour Cheyenne. Les gitans sont un peu les indiens du vieux monde, non ? Dommage d'avoir loupé un hommage en forme de clin d'oeil.


jeudi 9 mars 2017

Le bon, la brute et l'intrus

Vous pouvez compter sur moi lorsqu'il s'agit d'apporter un peu de fraîcheur à l'atmosphère viciée qui règne dans votre bureau à cause de certain-e-s collègues à la digestion difficile. Voici encore un petit jeu qui va contribuer à faire baisser votre médiocre productivité.
Ma position de mécanicien m'amène à utiliser un panel de produits chimiques plus où moins sympathiques, parfois toxiques bien qu'indispensables. Dans la photo du gang des nocifs s'est glissé un produit salvateur. Je vous propose donc de débusquer cet intrus que je préfère utiliser le moins possible. Bonne chasse.

dimanche 19 juillet 2015

Malédiction estivale

Il y a peu, deux collègues m'ont honoré de leur visite. L'occasion idéale pour les questionner au sujet d'une malédiction que je croyais être un envoûtement personnel. Mais, d'après leurs témoignages concordants tou-te-s les mécanicien-ne-s-vélo seraient touché-e-s. Il s'agit d'une malediction estivale. Elle sévit au mois de juillet, époque bénie où se déroule Le Tour. Pardonnez l'usage des majuscules mais c'est le moindre des hommages qu'on puisse rendre à cette vénérable institution.

Distraitement, à partir de quatorze heures, la cérémonie débute. Les raisons de s'adonner au rite sont multiples. Si beaucoup sont intimement convaincu-e-s, je reconnais que ma foi relève d'une tradition assez désabusée et distante. Pour autant, je ne sombre pas dans le folklore stérile et je vis à l'occasion de beaux moments de grâce. Entre un changement de transmission et une crevaison, je jette un oeil au déroulement de l'étape. Le cyclisme est un sport d'endurance, inutile de s'égosiller trop tôt, il faut prendre ses marques, jauger les forces en présence, opérer quelques opérations de calcul mental quant aux écarts, etc. Petit à petit, la pression monte et aux alentours de dix-sept heures l'ambiance est à son paroxysme. Imperceptiblement, je délaisse l'établi pour céder au magnétisme de l'écran. Au passage de la flamme rouge mon esprit est tout entier absorbé par le drame sur le point de se dénouer sous mes yeux. Mon coeur palpite à l'unisson des milliers de mécanos du monde entier. Nous communions. Rien d'autre n'existe.

Et la malédiction frappe.

Depuis plusieurs heures, les client-e-s se sont fait rares, pour ne pas dire absent-e-s. C'est alors qu'en même temps que la ligne d'arrivée se profile un-e cycliste annoncé par un bruit de roue libre. Avec une innocence criminelle, le/la voilà qui lance un anodin : Vous pourriez regonfler mes pneus ? Ma conscience professionelle m'arrache aussitôt de l'objet du désir. Tel un robot, je réponds machinalement  : Bien entendu, j'arrive, mais bordel de merde, ça fait trois mois que tu roules quasiment à plat, pourquoi tu viens me faire chier maintenant ! Voici toute mon humanité ensevelie sous l'atavisme du mécanicien-vélo dévoué.

J'ai fait des statistiques sur Le Tour de cette année. En tout et pour tout, je n'ai vu qu'une seule fois le vainqueur de l'étape lever les bras au ciel. En général, lorsque libéré de toute contrainte je reviens devant mon écran, j'ai droit au monologue d'un certain Gérard, expert en poncifs sur le cyclisme. Je compte bien profiter de mes journées de repos pour rattraper le temps perdu et jouir jusqu'à leur dénouement des étapes à venir. Claquemuré dans la pénombre protectrice de mon atelier, bien protégé par une porte prudemment vérouillée tout ne sera volupté, j'en fais la promesse.

mardi 3 février 2015

Boîte de conserve

Encore un petit exemple de la diversité des conditions de travail dans les ateliers de réparation-vélo, ici, un container recyclé. J'imagine qu'on y crève de chaud l'été et que l'hiver les courants d'air sont rois. Bel exemple d'abnégation.
Une photo prise par W. de passage à Amsterdam. Merci !

jeudi 19 juin 2014

Psyclisme

Il ne passe pas d'heure à l'atelier sans qu'une personne ne vienne demander un petit service qui me prendra quelques instants : gonfler un pneu, serrer un écrou, etc. Avec le temps j'ai saisi une petite nuance de langage qui présage de l'état d'esprit de la personne quant à une potentielle rétribution dudit service. Selon qu'elle formule : "Combien je vous dois ?" ou "Est-ce que je vous dois quelque-chose ?", j'arrive souvent à prévoir la réaction qui va découler de ma réponse. Quand je dis, en général, que c'est gratuit, les premier-e-s tendront à émettre quelques objections du genre "tout travail mérite salaire", les seconds esquisseront plutôt un petit sourire de satisfaction, voire de soulagement orné d'un "merci". Cela se vérifie assez souvent pour que je commence à croire que je dispose du potentiel pour être médium.

samedi 10 mai 2014

Service, service !


La scène se tient dans une boulangerie :
-Bonjour, j'ai acheté une baguette chez un de vos collègues, est-ce que vous pourriez ma la trancher s'il vous plaît ?

La scène se tient dans une boucherie :
-Bonjour, je viens d'acheter ce rumsteak à la supérette d'à côté, vous n'auriez pas quelques conseils pour la cuisson s'il vous plaît ?

La scène se tient dans un restaurant :
-Bonjour, ne vous dérangez pas, j'ai mon pique-nique, je veux juste une table s'il vous plaît ! Ah et puis une carafe d'eau, merci !

La scène se tient dans un atelier vélo :
-Salut (on est détendu dans un atelier vélo, le bonjour est trop guindé), j'ai acheté ça (imaginez une pièce tout ce qu'il y a de générique) chez Marathon, Pentathlon, Heptathlon, enfin qui vous savez, y'aurait moyen de la monter vite fait (dans un atelier vélo, "vite-fait" est synonyme de "gratuit").

Autant cette scène peut sembler décalée dans les trois premières situations, autant dans un atelier vélo elle relève quasiment du quotidien. Mettons les choses au clair, il est parfaitement normal de parfois demander à son mécano de monter des pièces et accessoires achetés ailleurs. Aucun magasin ne peut couvrir toute l'offre dans sa diversité de marques, de standards, sans compter les couleurs et autres questions de goût. Chaque magasin fait des choix, par affinités de pratiques, de marques, etc.

Par contre, lorsqu'il s'agit de pièces tout ce qu'il y a de plus génériques ou directement proposées à l'identique par le bouclard il faudra vous attendre à une certaine crispation en cas de demande de "service". Simple question de décence me semble-t-il, après tout lorsqu'il s'agit de son gagne-pain, rendre service n'a rien d'une obligation, c'est typiquement le geste relationnel qui apporte un petit plus humain et qui différencie le bouclard et sa relation de face-à-face de la grande surface. Je ne suis pas payé par les grandes surfaces en question pour faire le suivi et le montage des pièces qu'ils débitent à longueur de journée, j'ai d'autres chats à fouetter, simple question de bon sens, non ?

jeudi 24 avril 2014

Embruns

Je viens de rendre un vélo à son propriétaire. Une discussion autour de la qualité générale de sa machine s'engage. Au bout d'un petit moment, monsieur en vient à parler de son éclairage. Il s'exclame :
-J'en suis très content de mon éclairage à "iode" !

J'ai soudain senti les embruns de cet éclairage me fouetter le visage, j'étais sur une plage venteuse de Bretagne ! J'hume l'iode à pleins poumons ! Mais la réalité de l'atelier a tôt fait de me ramener à terre. Je me suis alors remémoré les paroles d'un grand penseur québécois : "Seul sur le sable les yeux dans l'eau, mon rêve était trop beau".

Je rêve d'un éclairage à "iode".

mardi 5 novembre 2013

Entretien vélo


Il est un mécanicien que je ne nommerai pas, mais pour lequel j'ai du respect, qui a une technique bien personnelle pour mener les entretiens d'embauche/stage. Technique plutôt déstabilisante puisque concernant l'aspect technique il ne pose qu'une question :
-"Quand tu montes un pneu, combien tu utilises de démonte-pneus ?"

Question gentiment piégée, même si la réponse est dans l'intitulé. Un-e mécanicien-ne, même peu chevronné-e, sait qu'il ne doit utiliser que ses 10 doigts. Comme son nom l'indique clairement, un démonte-pneu n'est pas (sauf rare exception) adapté à la pose d'un pneu. Son usage risque d'abîmer le pneu, voire la jante et requiert toute la douceur de nos mimines.

En fonction de votre perception des choses je vous laisse donc qualifier le mécanicien en question : malicieux, vicieux, subtil, tordu ?


jeudi 26 septembre 2013

Optimisme forcené

Il y a une approche de la mécanique que je qualifierai d'enfantine. Elle est révélatrice d'une vision très optimiste de la vie. J'en ai eu quelques beaux exemples hier.

La réparation du garde-boue cassé à base de scotch d'écolier est un classique parmi les classiques. L'espérance de réussite est assez basse, notamment en conditions humides hivernales :

Ensuite, il y a les pièces de vélos détournées de leur usage. Il faut pour cela, en plus d'avoir une tendance à l'optimisme un esprit un peu tordu. En l'occurrence, nous avons ici un patins de frein qui sert à fixer une tringle de garde-boue. Je tiens à attirer votre attention sur le fait qu'il ne s'agit pas du même vélo que l'exemple précédent.

Enfin, en cette belle journée d'automne, le sommet de la conception naïve de la mécanique fut atteint par la tentative de prolonger la vie d'une pédale, dont le corps est détaché de l'axe, grâce à un sac plastique :

Voilà, j'en déduis que pour être un mécanicien correct, il faut avoir une vision un peu plus pessimiste de l'ordre des choses. Si en théorie une réparation n'est pas totalement sûre, en pratique cela revient à la quasi-certitude qu'elle ne tiendra pas. En tous cas, c'est mon approche.