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vendredi 25 mai 2018

L'églantine et le muguet

Ils aiment les longues promenades sur les routes sinueuses, dans la campagne, le long du fleuve, à pied, plus souvent à bicyclette. Mon père est très fier de la sienne, il l'entretient soigneusement, elle lui a été offerte une quinzaine d'années plus tôt pour un événement, le certificat d'études où il avait été "premier du canton", on gardait les choses longtemps, à l'époque. C'est une Peugeot d'un modèle perfectionné avec vitesses intégrées dans le moyeu. On en trouve quelques-unes sur eBay, pas donné, 1450 euros, une ligne très moderne, solide, fine, racée.

Ceci est un petit extrait du livre L'églantine et le muguet qui vient récemment de paraître. L'auteure revient dans l'Anjou de son enfance et parcourt (en bagnole malheureusement) les lieux qui ont marqué l'histoire locale. Elle met en évidence les frictions entre les forces conservatrices (le muguet) et les courants progressistes (l'églantine) qui sont toujours d'actualité. Il y a notamment une réflexion poussée autour de la laïcité qui se nourrit de l'histoire de ses parents instituteurs, purs produits de la république. Sans partager tous les points de vue de l'écrivaine, c'est un regard sans concessions mais touchant sur la région : ça gratte et ça cicatrise mal, comme après une chute de vélo dans les gravillons !

L'églantine et le muguet, Danièle Sallenave, Gallimard, 2018.

lundi 21 mai 2018

Espace Anjou*

Le tête-en-l'airisme qui m'affecte en ce moment persiste. Il y a peu, mon cuissard et mes chaussures de cyclisme disparaissaient de ma vue. Après de longues et infructueuses recherches je me suis commandé un nouvel équipement. Dans l'heure qui suit, le matériel manquant apparaissait à la surface dans le chaos qui me sert de logement.

Ce dimanche, je me lève aux aurores pour profiter de la belle matinée qui s'annonce. Mon courage étant malgré tout enserré en d'étroites limites, je file prendre mon petit-déjeuner dans un bar en ville. Rassasié, alors que j'enfourche mon vélo, je constate que j'ai oublié mon bidon d'eau. Je retourne à la maison, légèrement contrarié. Après un passage en trombe où je règles quelques autres détails, je repars. Alors que j'aborde la campagne, je constate avec dépit que mon bidon est toujours chez moi. Il semble par contre que ma bêtise proverbiale me suive de très près. Je reste un pur produit des années 90, courte période bénie qui a glorifié la figure du merveilleux loser.


Avant de dénicher une épicerie, j'ai été contraint d'errer de cimetière en cimetière afin d'étancher ma soif. Les tombes les plus remarquables étaient quasi systématiquement celles réputées "en état d'abandon". Cet expression me laisse songeur, vu la passivité des l'occupant-e-s. En tous cas, sans aller jusqu'à l'abandon total, la quiétude des lieux m'a aidé à me laisser gagner par une forme de laisser-aller tant recherché.

Les roues de mon vélo n'étaient pas en réglisse pas plus que mes mollets n'étaient en guimauve. J'ai donc enchaîné une centaine de kilomètres de part et d'autre de la vallée du Layon.

Si j'étais chauvin, à la question, "-C'est où la Toscane ?", je pourrais rétorquer une saloperie de mauvaise foi du genre : "-C'est'y pas un bled du côté de Faye-d'Anjou ça ?".

J'ajouterai même : Tu sais, j'crois ben que c'est juste après un hameau qui s'appelle Bruges sur le haut du côteau ! Mais, je ne suis pas ce genre de personnage et mes virées titillent simplement des envies où raniment de bons souvenirs.

Et puis, ce coin de campagne à une identité bien à lui qui me fait souvent sourire (même s'il m'énerve aussi parfois). Les côteaux sont moins religieux que les Mauges proches. Le catholicisme des vignerons est moins rigoriste, voire un poil bacchique. J'en veux pour preuve la présence récurrente de pressoirs recyclés comme base pour des monuments religieux. Il y a ainsi l'autel de la chapelle de Bonnezeaux ou cette statue de Saint Vincent*, le patron des vignerons. j'en viens parfois à penser que par là-bas, la vraie religion c'est le pinard.

Il y a plein d'autres traces de labeur qui attirent mon attention. De petites comme cette barrière barrée.

Et de plus monumentales comme celle-ci. Voici un de mes châteaux d'Anjou préférés, toutes catégories confondues. Sa silhouette épurée domine la campagne de Chavagnes-les-Eaux. Je sais qu'il a un jumeau du côté de Laval auquel je n'ai pas encore rendu visite. Une sortie de plus à programmer.

Scoop ! Je vous offre une exclusivité. Le monolithe et acteur principal de "2001 l'odyssée de l'espace" qui a fait entrer l'humanité dans l'histoire coule une retraite tranquille à quelques encablures au sud de La Loire. Quelque peu érodé, il semble n'avoir rien perdu de son magnétisme minéral si j'en crois le nombre de mes congénères qui s'adonnent à une forme de religiosité technophile.

J'ai beau jouer à l'être de raison, quand je retrouve La Loire, je me laisse aller à une brève crise d'animisme qui sera chassée par une longue crise de boulimie, à genoux la tête dans mon frigo.



Notes :
*Le titre de ce billet est une private joke à l'attention des angevin-e-s. Espace Anjou est en effet une galerie marchande verrue à la sortie de la ville.

* Pour celles et ceux qui se posent la question, Saint Vincent est le patron des vignerons à cause d'une simple évocation sonore calembour : Vincent = vin + sang (du christ). Il n'en fallait pas plus !

dimanche 23 novembre 2014

Trafic de collines

Je me demande souvent ce qui me pousse à publier des photos et commentaires sur mes sorties à vélo. La réponse est encore confuse mais il me semble que ça me permet égoïstement d'y repenser et de prolonger le plaisir. Et puis, trier, commenter, organiser, déformer, légender, modifier : tout ce travail de mise en forme fait que "la vérité est ailleurs" et bien différente que ce qui brille sur votre écran. Ce n'est pas pour me déplaire de vous raconter des sornettes, même si cette exposition très lacunaire de mon intimité me gêne quelque part. Sans compter que je me demande souvent si, à force de prendre des photos pour archives, je profite pleinement de ce qui se passe au présent sous mes pneus. Comme quoi, le vélo conduit inéluctablement à l'introspection. Un vrai divan. Les psys devraient considérer la question.

A ma décharge, je tiens à dire qu'il m'arrive fréquemment de partir, soit sans appareil-photo ou de ne pas vous faire profiter de ma collecte d'images (sans compter tout ce que je ne vous donne pas à voir). Cette justification pleine de mauvaise foi me permet néanmoins, pour ce soir, d'être en paix avec ma conscience et par conséquent de vous proposer un compte-rendu de la sortie collective du jour.

Commençons par une vue d'Angers depuis une de ses frontières avec (le début de) la campagne. J'aime beaucoup ce coin et c'est avec soulagement que j'ai appris dernièrement l'abandon du projet de "barreau routier" au sud de la ville. Ce coin est plein de maraîchers et autres arboriculteurs et d'une vraie utilité collective. Je suis satisfait qu'on ne donne pas à la bagnole un nouvel espace qu'elle se serait de toutes façons rapidement employée à saturer pour réclamer insatiablement encore plus d'espace.

Comme vous pouvez le constater, sans parfois dédaigner les petites routes, la majeure partie de notre itinéraire était consacré à la découverte de chemins et sentiers.

Autant vous l'avouer tout de suite, j'ai fauté et j'ai "travaillé" ce dimanche. Un couple de promeneurs peu prévoyant et tout aussi peu dégourdi a eu la chance de croiser notre chemin et a pu bénéficier de notre magnanimité.

Rassurez-vous, mon crime a été largement racheté par une chute bien lourde comme je sais les faire. Un tel coup du sort ne peut-être ignoré. Promis, je ne travaillerai plus jamais le dimanche.

Cela ne m'a pas gâché la fête. Le soleil était au rendez-vous, les paysages toujours aussi agréables à mes yeux. Parfois je me croirais presque en Toscane.

A la fois, voyager ce n'est pour moi qu'une question de disposition intellectuelle et j'étais tellement de bonne disposition que sans efforts je suis aussi passé vite fait par Shangai.

Et puis, pas besoin de comparaison, je kiffe ce petit bout de planète pour ce qu'il est.

Même s'il faut reconnaître que la présentation peut laisser à désirer. A la fois, un toponyme comme ça doit protéger des opérations immobilières indésirables. Et puis, ça aurait pu être pire, aujourd'hui nous ne sommes pas passés du côté du lieu-dit de "L'étron qui fume". Attention, je tiens à souligner que ceci n'est pas une blague, c'est sur la commune de Villevêque, allez vérifier.


La petite surprise du jour, c'est la découverte d'un atelier associatif de typographie caché en pleine campagne. L'imprimerie se nomme Au pied de la lettre.

Nos péripéties se sont terminées dans une belle ville qu'en son temps Trust avait dés-honoré d'un morceau.

Nous n'étions pas là pour polémiquer (même si le contrôleur et quelques voyageurs auraient mérité une bonne prise de tête), nous voulions simplement regagner nos pénates par le chemin le plus court.


ps > Je profite du billet pour vous annoncer que l'atelier a pu verser 64 euros à la caisse de solidarité qui trône actuellement sur le bar du "21". Un premier envoi d'argent a d'ores et déjà été effectué, on y reviendra. La collecte continue ! Merci !

dimanche 26 mai 2013

Ivres de la jungle

La nuit dernière certains cyclistes ont tenté tant bien que mal de se muer en hommes des bois. Cette virée dans la Jungle a rassemblé une poignée d'inconscients. Le départ étant donné dans l'après-midi, votre dévoué serviteur était attaché à vous servir à l'atelier. Ce n'est qu'à la fin d'une rude journée de labeur que T. et moi sommes partis à leur recherche. Nous avions tous les deux dans l'idée de pique-niquer là-bas puis de rentrer dans le nuit, laissant donc nos naufragés volontaires profiter de l'humidité et de la froideur forestière. Cette petite boucle de 80 km fut fort agréable. Rouler la nuit procure des sensations particulièrement grisantes : les reliefs sont lissés, l'impression de vitesse est multipliée, les bruits, les odeurs et les sensations prennent plus de place qu'à l'accoutumée. J'adore. Voici un aperçu de notre safari photographique.

Ceux et celles qui parcourent avec un peu d'attention ce blog savent bien que je compte un jour où l'autre être la personne qui aura le plus photographié la Loire depuis son vélo. Le modèle est parfait quand on est nul en photo. Un sujet suffisamment grand et majestueux pour se passer d'une quelconque tentative de cadrage.

Le vin va-t-il lui aussi couler à flot cet automne ? Voilà une question d'un suspense haletant.

La nature, c'est dangereux et il faut s'en protéger. Alors,quelle idée d'aller se fourrer en forêt la nuit ?

Encore un message de quelqu'un qui me veut du bien et m'intime l'ordre de m'abîmer dans le fossé plutôt qu'au fond des bois

En toute honnêteté, le bivouac ressemblait plus à un bidonville qu'à un camp de trappeurs canadiens : des hamacs, de la bâche de camion, une ou deux tentes-même-pas deux-secondes. La seule chose qui pouvait évoquer des hommes des bois c'était les quelques bouteilles d'alcool frelaté qui traînaient/trônaient ça et là pour, en cas d'urgence, faire oublier le froid et la solitude.

Plus positivement, le plancher de la "cabane" me plaisait beaucoup : chaud et lumineux. Vraiment sympathique. Pendant trente secondes j'aurais même pu me prendre pour Thoreau.

Mais le plafond laissait sérieusement à désirer. Je me suis donc très vite ravisé. La vie dans les bois me fout les pétoches. A chaque (rare) nuit en forêt, j'ai l'impression que le pire va m'arriver. Dans ma tête d'urbain, le pire est totalement irrationnel et absolument dantesque. Et hier, ce ne sont pas les hurlements sauvages d'un clébard que j'imaginais molossoïde qui m'aidaient à me décoincer le prout. C'est simple, j'étais entouré d'amis mais j'avais toujours l'impression d'être épié. Un peu comme ça :

Pour la qualité de mon sommeil, il était donc plus sage de se remettre en selle et de regagner le confort de ma couche. Cependant, avant de nous en retourner à la civilisation, T. et moi avons fait notre possible pour les persuader d'abandonner leur folle entreprise de passer la nuit dans un lieu si hostile. Tout en leur parlant, je voyais bien que leur regard était vide. Sous l'emprise malsaine de la forêt ces esprits simples avaient abdiqué toute humanité. La mort dans l'âme nous les avons abandonné à leur triste sort.


Epilogue :
Aujourd'hui, j'ai croisé l'un d'eux. Je n'ai pas eu besoin de lui adresser la parole pour comprendre ; aux cernes sous ses yeux ; qu'il était probablement le seul survivant. Un survivant dans un tel état de choc qu'il lui était impossible de témoigner. Paix à leurs âmes.

dimanche 17 mars 2013

La presse en parle

Un ami m'a fait suivre cette photocopie de coupure de presse. Albert Londres doit se retourner dans sa tombe à lire un tel ramassis de foutaises ! C'est plus mauvais que du journalisme gonzo et il reste un paquet de fautes d'orthographe et de frappe. Du boulot fait à la va-vite pour nous vendre un peu plus de papier.


vendredi 28 décembre 2012

Ô dingo ! Ô vélos !

Je profite de mes vacances pour rouler un peu à vélo et rattraper le temps "perdu". Au détour d'un cheminement en Touraine, à Cinq-Mars-La-Pile, nous (je dis "nous" parce que nous étions deux, je vous rassure c'est pas un "nous de majesté") sommes tombés bouche-bée sur l'univers d'un monsieur qui donne dans les "vélos-dingos" comme il le dit lui-même. Nous avons eu droit à une visite commentée de son univers pour le moins dérangé. C'est le bazar et pas que dans le rangement ! Je vous propose un petit aperçu très loin de l'exhaustivité.

Voici le portail qui donne sur le jardin, c'est de loin ce que j'ai préféré. Malheureusement, "je pense à m'en débarrasser, il me coûte trop cher en peinture !".

Les deux photos ci-dessus ne montrent rien de moins qu'une partie des pièces d'une tour Eiffel en cadres de vélo. Actuellement démonté, le puzzle est rangé de manière éparse. Souvent, ce sont des calembours où des jeux de mots qui servent au bonhomme pour présenter son ouvrage. En l'occurrence, cette tour (Eiffel) est un hommage au Tour (de France) et à ses vainqueurs successifs parce que : "Un tel effort, ça mérite bien d'être encadré !".

Quant à ceci, il s'agit de la représentation du soleil. Ce n'est qu'un détail d'un "calendrier perpétuel" aux dimensions assez grandioses (un peu comme les explications du calendrier d'ailleurs). A tel point que je n'ai pas réussi à avoir une photo correcte de l'ensemble.

Encore un détail du calendrier. "Il y a une sonnette par siècle".


Ceci est un "siège pour enfant qui a la colique". Me demandez pas de vous expliquer, j'ai pas retenu le jeu de mots autour des "gaz de l'enfant" et de je ne sais quel "échappement". Le siège est très mignon, je doute simplement qu'il réponde à quelque test de conformité que ce soit...

Ccei n'est qu'un échantillon. La caverne (une partie de la maison est troglodytique) est emplie jusqu'à la gueule de vélo étranges, tordus, déformés. Il y a même des vélos anciens dont certains sont de véritables pièces de musée. J'en ai eu le tournis.

Je file, je vais pédaler vers d'autres contrées pour vérifier si ce pays est peuplé de dingues.