Jusqu'à présent la règle voulait qu'au moins une personne au sein d'un atelier de réparation de cycles soit titulaire du Certificat de Qualification Professionnel. Cette obligation de qualification était inscrite dans la loi n°96-603 du 5 juillet 1996. Cette règle est désormais caduque suite à une ordonnance du gouvernement de décembre 2015 qui modifie le texte de loi.
Désormais, sans aucune formation ni expérience particulière, quiconque peut s'installer en tant que mécanicien vélo*.
J'ai toujours dit que la simple obtention du CQP ne faisait pas de son titulaire un mécanicien-vélo et je suis critique sur certains aspects du CQP. Cette formation chapeautée par l'industrie du cycle est clairement un moyen de former des mécanicien-ne-s qui vont répondre à ses attentes, notamment commerciales. "La voix de son maître" en caricaturant.
Néanmoins, le CQP a une qualité essentielle : il est une base de formation, certes minimale, mais commune à tou-te-s ses détenteurs/rices. La formation, sanctionnée par un examen, est aussi l'assurance que la personne qui va réparer/entretenir votre vélo ne s'est pas improvisée mécanicien-ne du jour au lendemain. Cette base commune est, croyez-moi ça compte beaucoup, la reconnaissance sociale que réparer, et plus largement conseiller et vendre des vélos est "métier" à part entière et pas juste du bricolage à la petite semaine.
Reste à voir comment va réagir la profession. Les grosses machines comme Décathlon ont pris le plis de former leur personnel là-bas, de même pour de plus petites franchises. Cette habitude d'avoir un personnel déjà un peu formé va sans doute rester ancrée, elle évite de grosses déconvenues de recrutement. Pour le reste, je ne sais pas trop qu'en penser si ce n'est que ce changement légal risque de remettre en cause la stabilité des instituts de formation comme le CNPC Sports et l'INCM qui sont jusqu'à présent les deux pourvoyeurs de mécanos. Enfin, comment vont répondre les sociétés d'assurance ? Accepteront-elles de couvrir des artisan-ne-s non-formé-e-s et donc sans caution de l'industrie du cycle ? Je me pose beaucoup de questions mais je dois avouer que la plupart sont, pour le moment, sans réponses. A suivre.
* Source : Bike Eco, Journal des détaillants français du cycle, article "La Boîte de Pandore", février 2016.
Crédit iconographique : Pandora, John William Waterhouse, 1896
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jeudi 3 mars 2016
vendredi 10 mai 2013
Point de vue, image d'immonde
Tout est question de point de vue. Vous trouverez ci-dessous diverses représentations de mon cher métier de mécanicien-vélo.
Ce que je crois faire :
Ce que mes ami-e-s pensent que je fais :
Ce que ma mère pense que je fais :
Ce que la société pense que je fais :
Ce que mes client-e-s pensent que je fais :
Ce que je crois faire :
Ce que je fais vraiment (barbe non contractuelle) :
mardi 3 janvier 2012
Eloge du carburateur

Eloge du carburateur,
Essai sur le sens et la valeur du travail
Matthew B. Crawford
Ed. La Découverte
Trad. Marc Saint-Upéry
J'ai dévoré ce livre en quelques heures pendant les vacances. Une fois la première page ouverte impossible de le refermer.
Ce bouquin tient à la fois du parcours de vie et de l'essai de sociologie mâtiné de philosophie. Matthew B. Crawford était un "travailleur intellectuel". Parfaitement intégré à l'"économie du savoir" il dirigeait un think tank (le terme francophone de "boîte-à-idée" manque terriblement d'agressivité pour recouvrir la réalité de ce genre de structures) à Washington. Son avenir professionnel semblait tout tracé mais le démon de la mécanique qu'il refoulait depuis des années a refait surface. Matthew B. Crawford plaque son boulot pour ouvrir son propre atelier de réparation de motos.
Je dois évidemment avouer qu'un certain cousinage avec mon activité (après tout, les motos sont des vélos trop lourds sur lesquels il faudra bien un jour enlever la tumeur motorisée) a éveillé mon intérêt mais surtout, le bouquin embrasse un paquet de thématiques qui me sont chères. En vrac, l'auteur parle du manque de pertinence dans la césure travail manuel/travail intellectuel, de la dimension éthique d'un métier et de l'investissement personnel que cela implique, du passage souvent difficile de la théorie à la pratique, de la satisfaction du travail en autonomie, etc. La lecture du bouquin est aisée, les anecdotes et autres tranches de vie fourmillent et facilitent la compréhension des idées.
La seule critique que je puisse émettre est que parfois l'auteur a une vision quelque peu conservatrice. Il élève parfois les gens de métier et autres artisans au rang de derniers garants du "vivre-bien" au sein de la société de consommation. Point de vue que je suis loin de partager.
Il n'empêche ce livre n'est pas prêt de quitter ma table de chevet (carton de chevet serait plus juste) et, il était parfaitement approprié comme lecture de vacances, histoire de revenir au boulot avec une motivation débordante. Avant de terminer une petite citation s'impose :
"Ce que j'ai appris au long de ces années, c'est que le travail de mécanicien a un côté hasardeux et insaisissable qui le distingue fortement des mathématiques, même pour un expert chevronné.
Aristote peut ici nous être utile. Le Stagirite étend en effet le concept d'art, ou technè, pour y inclure les cas où nos efforts sont loin d'être infaillibles. Ce faisant, il nous indique une voie moyenne entre le fatalisme impuissant et son opposé, le fantasme de la maîtrise complète, mettant en lumière le véritable caractère de l'agir humain."
C'est parti, vous pouvez commencer à rédiger, je ramasse les copies demain matin.
mercredi 26 janvier 2011
Faire le métier

Ce matin, je vous fais part de mes lectures. Je parcours actuellement des livres sur l'industrialisation des sociétés européennes au 19ème et 20ème siècles et sur toutes les résistances que cela a soulevé : luddisme, naissance de la grève et des syndicats, solidarités ouvrières, etc. Bien sûr, cette industrialisation s'est beaucoup opposée à la culture du "métier".
Tout ça pour dire que je suis tombé sur une citation du sociologue Richard Sennett que je trouve assez plaisante.
Une définition englobante du métier serait : "faire bien quelque chose pour le plaisir de bien faire"
Pas mal, non ?
PS > En jargon cycliste, "faire le métier" est une expression ambigüe qui veut dire que le coureur est totalement investi dans sa discipline. Cela recouvre donc des moyens dits "normaux" comme s'entraîner dur, mais cela peut aussi sous-entendre le recours à la chimie...
PS2 > Pourquoi une image de métier à tisser ? Parce que c'est par cette machine que la mécanisation de l'artisanat a commencé.
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