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mercredi 14 novembre 2018

Le pire est avenir


Une personne me demande de la renseigner sur des accessoires qu'elle recherche.

Sa demande concerne un produit peu demandé. Je vais fouiller mon bazar, par chance, et à ma grande surprise, je dispose d'un exemplaire de la bricole en question. Je la lui tend. Il l'examine sous toutes les coutures, sans en demander plus il la repose sur mon bureau et me questionne sur une autre pièce. Encore une rareté. Je ne suis pas peu fier d'annoncer que j'ai ça en stock, Dans le mouvement pour aller la chercher je me promets quand même en mon for intérieur de rationaliser mes commandes pour éviter de stocker toutes ces mer...veilles qui peinent à trouver preneur. La pièce est examinée attentivement quelques instants puis posée sur mon bureau à côté de l'autre. Mon client mystère et un peu girouette s'enquiert alors du prix d'une selle en exposition. Je le renseigne une nouvelle fois.

Sans plus de façons, il me regarde et dit d'une voix assurée :
-Bon, ben merci quand même et peut-être à une autre fois au pire...

Je me suis emparé des objets à ranger avant de tourner silencieusement les talons pour aller ruminer tranquillement mes pensées au fin-fond de l'atelier. J'ai vécu "pire" mais "quand même", quel manque de tact.

lundi 9 juillet 2018

Le plus discrètement possible


En matière musicale je ne sais pas trop ce que signifie un morceau d'anthologie. En matière fécale l'expression prend tout son sens avec le passage ci-dessous extrait de la toute récente traduction du livre NOFX, baignoires, hépatites et autres histoires. Le vélo remplit une nouvelle fois pleinement son rôle d'échappatoire aux affres de la vie qui accablent ici le pauvre Smelly, le premier vrai batteur du groupe.

Un jour dans, le parc près de chez moi, j'ai rencontré une californienne sublime, avec des cheveux magnifiques à la Farrah Fawcett. J'ai pris mon courage à deux mains et je lui ai proposé de faire du vélo avec moi. A ma grande surprise, elle a accepté. Elle s'appelait Sandra. Nous pédalions, le soleil illuminait nos visages... Si on avait été dans un film, il y aurait eu une chanson folk bien entraînante des années 1970 et plein de fondus-enchaînés.
Et tout à coup, j'ai eu une grosse envie de chier.
On était super loin de chez moi, mais les gargouillis de mon ventre envoyaient un message très clair : "C'est maintenant que ça se passe, que tu le veuilles ou non." Par chance, la piste cyclable passait devant des toilettes publiques, alors je me suis excusé, en espérant gérer le situation le plus discrètement possible.
J'ai défait mon pantalon, je me suis assis et j'ai envoyé. Mais je n'avais pas remarqué que le bas de mon maillot de football américain ultra grande taille pendouillait dangereusement dans la zone d'atterrissage. J'ai lâché quelques bons étrons et l'un d'entre eux est resté coincé sans que je m'en rende compte dans mon maillot de foot.
Quand j'ai terminé, je me suis dit que j'allais la jouer un peu sexy pour Sandra en sortant des toilettes torse nu. Alors j'ai relevé le maillot sur ma tête. En tirant, je sentais un truc lourd qui frottait sur mon dos. Puis sur mon cou. Puis sur mes cheveux. Puis sur mon front et le haut de mon nez.
J'ai compris ce que c'était quand j'ai vu la drôle de trace marron sur mon corps. J'avais de la merde collée du cul jusqu'au nez, un peu comme la bande de poils d'un putois. Et il n'y avait ni évier ni miroir dans ces toilettes. Game Over. Je me sentais si humilié que j'avais l'impression d'une expérience de sortie hors du corps, genre mort imminente. Je suis sorti et, sans un mot, j'ai pris mon vélo et je me suis barré. Je n'ai plus jamais revu Sandra.
Eh bien, même cet épisode-là a été moins traumatisant que le premier concert de NOFX.

NOFX, baignoires, hépatites et autres histoires, NOFX et Jeff Alulis, Mon cul c'est du tofu ? éditions, 2018.

Note : le livre est disponible à la librairie Les Nuits Bleues.

lundi 2 février 2015

Fatalitas

Difficile de faire un compte-rendu de la sortie d'hier. D'abord, parce qu'à cause d'un emploi du temps serré, je ne l'ai accomplie qu'en partie, mais surtout parce que son entame était très chaotique. Ainsi, avant même le départ un changement de pneu s'est imposé à l'un de nous. Après quelques bornes me voilà victime d'une crevaison. Les doigts engourdis par le froid et la neige fondue je peine à changer de chambre à air. Me laissant sans répit, la poisse me frappe quelques minutes plus tard, encore sous la forme d'une crevaison. En réparant, j'ai même eu la maladresse de casser la valve de ma nouvelle chambre, heureusement sans conséquences fâcheuses. Peu après, c'est un autre larron qui se voit obligé de démonter son dérailleur avant afin d'espérer continuer sa route. Sans compter que plus tard, un autre cassera sa chaîne... Fatalitas !

Histoire de clore ce billet sur une note optimiste, je vous propose un jeu déductif.. Observez attentivement la galerie de "portraits" ci-dessous :
Il vous suffit maintenant de répondre à la question suivante : Hier, qui avait des garde-boue et qui n'en avait pas ? Trop bien, le/la gagnant-e gagne le droit de faire ma lessive pendant une semaine !

mercredi 5 février 2014

J'accuse...


Je suis désolé de jouer au Zola d'opérette mais il faut que je crache ma bile.

Il se trouve que dernièrement, les manufacturiers de pneumatiques sont infoutus de fabriquer un pneu de 20 pouces "rond". Surprenant quand on sait que c'est leur métier.

Tout a commencé avec un client propriétaire d'un vélo pliant. J'ai essayé pas moins de trois exemplaires d'un modèle de pneu connu pour sa très grande résistance et produit par une sérieuse firme d'outre-rhin. Sans succès. A chaque tour de roue j'ai vu la bosse de Quasimodo apparaître et disparaître devant mes yeux.

J'ai ensuite essayé deux exemplaires de la série "ville" d'une entreprise française qu'on peut qualifier de géant du pneumatique. La bosse de Quasimodo était toujours là, devant mes yeux, où sous mes fesses, si je faisais un essai dans la rue.

Par dépit, je me suis rabattu sur un pneu de BMX du même constructeur. Un pneu qui vu son nom est "dansant". Encore, j'ai pu voir la bosse de Quasimodo danser et me narguer.

De rage, je me suis jetté sur un bête pneu "diabolique", toujours né dans les cerveaux d'ingénieurs nichés dans le Massif Central.

J'ai enfin pu m'apaiser. La roue tourne sans à-coup.

Il y a-t-il un complot qui s'ourdit contre-moi ? Qui veut me faire passer pour une quiche devant mes client-e-s ? Veulent-ils tout simplement me ruiner et m'obliger à venir brûler mon stock de pneus inutiles devant leurs usines (sans compter que c'est loin l'Asie...) ? Au secours.

samedi 21 septembre 2013

Larme à l'oeil


-9h40 : J'arrive à l'atelier, j'ai le sentiment diffus que cette journée sera difficile.
-10h30 : Je m'affaire sur un BMX. Il s'agit de travail quasi gratuit. On va dire que c'est ma fibre sociale qui parle. Un enfant sans son vélo, c'est trop de tristesse. Le hic c'est que tout part en couille. La roue que j'avais commandée ne va pas (problème de diamètre d'axe), me voilà parti à modifier les pattes du cadre. Ce qui devait prendre 30 minutes m'aura pris une heure et demi avec des sueurs froides.
-12h00 : J'ai envie de pleurer.
-12h03 : Je récupère un vélo de piste dont le filetage de la boite de pédalier a foiré. J'avais tout fait dans les règles de l'art, si je ne me sens pas coupable, je me sens responsable.
-12h54 : J'ai envie de pleurer.
-13h00 : Je mets le nez dans la roue arrière d'un vélo de voyage que j'entretiens très régulièrement. C'est un chaos sans nom là-dedans, les roulements sont plus défoncés que les pires junkies. Je fais de mon mieux, je m'offre même le luxe de voler des pièces sur un moyeu neuf de bonne qualité que j'ai en stock. A la fin, ça foire quand même.
-14h09 : J'ai envie de pleurer.
-15h00 : Des amis m'arrachent à mon travail pour me faire prendre l'air.
-15h07 : J'y retourne, ça va chier !
-15h09 : C'est toujours la merde, j'ai envie de pleurer.
-17h00 : Je monte l'extracteur de manivelle sur un pédalier. Je vois que le filetage est amoché, ça pue. Je prends mon temps, j'agis avec prudence. Au premier essai, le filetage s'arrache aussi facilement que si j'avais planté un radis dans du beurre, situation que j'aurai mieux vécue.
-17h11 : J'ai envie de pleurer.
-17h13 : Je sors l'artillerie lourde, je filete le pédalier pour un extracteur de secours au diamètre surdimensionné. Pas de souci côté mécanique, mais j'arrive à me fourrer un copeau de métal dans le doigt.
-17h13 et quelques : J'ai envie de pleurer.
-19h00 : Ouf ! La journée est finie, je fais ma compta et je m'arrache.
-19h15 : Ma compta me donne envie de pleurer.
-21h50 : Je vous raconte mes tracas pour mieux les exorciser. J'ai un peu moins envie de pleurer.

Voilà, c'était la pire journée à l'atelier depuis à l'aise deux ans. Le parfait mélange de malchance et de circonstances malheureuses. Un peu d'humilité ne fais pas de mal.

Crédit photo : Diane Arbus, Enfant en pleurs, 1967.