J'ai parfois du mal à distinguer le visage des personnes qui passent le pas de l'atelier. La faute à un contre-jour tout à fait adéquat pour réaliser les photos de familles les mieux ratées. Ce matin j'ai donc mis quelques secondes à réaliser que la personne qui vient à moi est le mécanicien, désormais à la retraite, que j'ai dérangé si souvent lorsque je commençais à tripoter des tas de ferraille trouvés dans les poubelles. Il était alors rare à l'époque que je ne passe pas une à deux fois par semaine (voire plus) demander un conseil, m'enquérir de la possibilité de me procurer une pièce, emprunter un outil*, voire le plus souvent profiter d'une atmosphère que j'aimais tant. C'est un peu grâce à (ou à cause de) lui que l'idée d'essayer d'en vivre s'est faite une place grandissante dans mon esprit.
Le voilà donc venu me demander d'extraire un pédalier Stronglight sur un vélo de route qu'un ami lui a confié pour restauration. Par chance, il ne dispose plus dans sa caisse à outils de l'extracteur adéquat ce qui me vaut cette visite de courtoisie.
Je prends le cadre et poursuit la discussion tout en effectuant cette manoeuvre de routine. De mon point de vue la situation est étrange. Les places "habituelles" autour du pied d'atelier sont inversés. Je ne suis plus l'élève. Il n'est pas le maître. Je prends conscience du chemin parcouru lors de cette dernière décennie. Un peu chaotique mais je crois ne pas m'être trompé de destination. Souvent perdant, jamais perdu.
* L'option emprunt d'outil n'étant devenu envisageable qu'après un long et bien compréhensible temps d'observation.
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jeudi 7 septembre 2017
dimanche 26 février 2017
Pattes de dérailleur : ne pas ne faire un plat
Il y a une
réparation que j'aime effectuer mais qui se présente de plus en
plus rarement. Il s'agit de restaurer les pattes de dérailleur
dont le filetage a été arraché. Désormais, ces pattes sont facilement disponibles pour un coût modeste, en conséquence
je me contente fréquemment de les changer. A ce propos, j'entends régulièrement
des plaintes quant à la faiblesse supposée de ces pattes qui cèdent
si facilement. Cette récrimination n'a pas lieu d'être puisque
c'est la fonction même de cet élément : rompre sous la
contrainte afin de protéger le cadre d'une casse bien plus
catastrophique. La patte de dérailleur est à la mécanique-vélo ce
que le fusible est à l'électricité.
Il arrive parfois
qu'il ne soit pas possible de réparer le filetage d'une de ces
pattes. Soit parce que partie prenante du cadre et donc inamovible
(c'est souvent le cas sur les vélos anciens en acier), soit tout
simplement parce que celle-ci n'est pas au disponible au catalogue.
Ce cas de figure n'est heureusement pas sans solution. Voici en image
comment procéder.
Après démontage de
la patte, vous constatez que, sous le choc, le dérailleur a arraché
les filets. Un peu à l'image des filets de sole qui disparaissent
comme par magie dans ventre de votre tonton amateur de bonne chère.
Laisse Blake et
Mortimer sur l'étagère,
Black et Decker sont sur l'affaire.
Black et Decker sont sur l'affaire.
Probablement la
meilleure punchline de ma carrière avortée de rappeur sous le nom de DJ C. Jérôme Bosch.
Un coup de foret de
10 mm pour rester centré, suivi d'un passage avec celui de 12 mm.
C'est deux-ci sont copeaux comme cochon et le résultat est aussi lisse que le crâne du tonton susnomm.
Quant à ces
deux-là, il eut été préférable qu'ils ne se connaissent jamais,
mais il vont être unis pour un bon moment, c'est écrit dans les
lignes de ma main.
Je vous déclare
unis par les liens du sertissage.
La patte sagement
lovée dans son berceau entre la base et le hauban retrouve la
présence rassurante du dérailleur. En l'occurrence, il aura aussi
fallu meuler l'insert pour que la chaîne ne vienne pas le lécher.
Le Look KG196
retrouve sa superbe. Je comprends parfaitement qu'on puisse ne pas
aimer son côté outrageusement tapageur. Il ne s'appelle pas Look
pour rien. Toujours prêt à monter faire le beau sur le bar, rien ne
l'arrête (surtout pas ses freins Campagnolo Delta) mais, malgré son
impressionnante musculature c'est désormais une vénérable pièce
de collection à traiter avec égards. Ce fut un plaisir (mâtiné d'un peu de stress) que de le rendre à l'asphalte.
dimanche 3 juillet 2016
Libre-pensée
Morceau choisi de Larchmütz 5632 de Jean-Bernard Pouy :
Ils savaient tous les deux qu'avant de se barrer sous les glauques tropiques, ils se devaient de rendre un dernier salut à Momone et Larchmütz, deux êtres qui, eux, ne les avaient jamais trahis, peut-être d'ailleurs les seuls, ils méritaient bien ce détour, et, après, direction Nantes, où un avion les attendaient, un zinc sans doute rempli d'ingénieurs en pétrole, ou de chercheurs en aéronautique, en fusées, Kourou coucou et tout le bordel. Bientôt, ils répareraient des vélos, occupation suffisamment passéiste pour les satisfaire. Le monde moderne était trop à chier.
Je profite de l'occasion pour lever une petite objection. En effet, cher Nanard, comme tu le sais, j'ai toujours été admiratif devant ta prose. Néanmoins cet extrait me pose un cas de conscience. La relecture de ton manuscrit a certainement été imparfaite. A l'instar d'un personnage de ton livre, je suis moi-même un peu téléphate et tout aussi vache. Ceci, cumulé à mon métier de mécanicien-vélo, m'autorise donc à remettre les deux dernières phrases de cet extrait dans l'ordre immuable qu'elles auraient dû connaître dès l'impression du roman :
Bientôt, ils répareraient des vélos, occupation suffisamment moderne pour les satisfaire. Le monde passé était trop à chier.
Connaissant ta sensibilité libertaire et, par conséquent, ta foi en un avenir radieux, il ne pouvait en être autrement. Merci d'intégrer cette modeste mais cruciale correction dans les futures éditions de Larchmütz 5632. Evidemment, les droits d'auteur te reviennent entièrement, je n'ai fais que lire dans tes pensées. A ce propos, veux-tu bien me pardonner. pour cette intrusion ?
Une dernière chose, si tu veux apprendre à régler un dérailleur sois le bienvenu à l'atelier. Tu verras, il y a de quoi écrire un roman.
Ils savaient tous les deux qu'avant de se barrer sous les glauques tropiques, ils se devaient de rendre un dernier salut à Momone et Larchmütz, deux êtres qui, eux, ne les avaient jamais trahis, peut-être d'ailleurs les seuls, ils méritaient bien ce détour, et, après, direction Nantes, où un avion les attendaient, un zinc sans doute rempli d'ingénieurs en pétrole, ou de chercheurs en aéronautique, en fusées, Kourou coucou et tout le bordel. Bientôt, ils répareraient des vélos, occupation suffisamment passéiste pour les satisfaire. Le monde moderne était trop à chier.
Je profite de l'occasion pour lever une petite objection. En effet, cher Nanard, comme tu le sais, j'ai toujours été admiratif devant ta prose. Néanmoins cet extrait me pose un cas de conscience. La relecture de ton manuscrit a certainement été imparfaite. A l'instar d'un personnage de ton livre, je suis moi-même un peu téléphate et tout aussi vache. Ceci, cumulé à mon métier de mécanicien-vélo, m'autorise donc à remettre les deux dernières phrases de cet extrait dans l'ordre immuable qu'elles auraient dû connaître dès l'impression du roman :
Bientôt, ils répareraient des vélos, occupation suffisamment moderne pour les satisfaire. Le monde passé était trop à chier.
Connaissant ta sensibilité libertaire et, par conséquent, ta foi en un avenir radieux, il ne pouvait en être autrement. Merci d'intégrer cette modeste mais cruciale correction dans les futures éditions de Larchmütz 5632. Evidemment, les droits d'auteur te reviennent entièrement, je n'ai fais que lire dans tes pensées. A ce propos, veux-tu bien me pardonner. pour cette intrusion ?
Une dernière chose, si tu veux apprendre à régler un dérailleur sois le bienvenu à l'atelier. Tu verras, il y a de quoi écrire un roman.
mardi 23 octobre 2012
Crétins en chaine
Voilà les photos de ce qu'il reste d'un boitier de pédalier qui m'a donné du fil à retordre. Un bel exemple qui tend à prouver qu'en certaines occasions l'industrie du cycle fait preuve d'une belle crétinerie en chaine.
Je m'explique :
-Quel crétin chez un des plus grands manufacturiers de pièces de vélos a eu l'idée de faire des boitiers de pédalier avec des cuvettes de serrage en plastique ?
-Ensuite, quel crétin du même bureau d'étude s'est abstenu de simplement lui dire : "Mais, t'es un vrai crétin ! Comment veux-tu que du plastoque supporte les intempéries ? Et puis, le moindre outil va les faire péter ! Merde, on fait des pièces de vélo, pas des jouets de fête foraine !"
-Toujours plus fort, quel crétin chez le plus grand vendeur de cycles en France a eu l'idée de monter des vélos avec ces même boitiers, probablement dans le but de gratter deux, peut-être trois misérables euros par rapport à un boitier avec des cuvettes en alu ?
-En fin de chaine, pouvez-vous m'expliquer pourquoi je suis assez crétin pour dire des trucs du genre : "Ben, ça va être l'enfer à réparer mais je veux bien essayer..." Et de passer deux heures avec pour outils, burin, marteau et autres objets de grands finasseurs. Au final, je suis content d'avoir réussi mais il y a vraiment des fois ou je devrais fermer ma gueule ou alors, directement me rouler à poil dans les orties. Je suis vraiment le roi pour me punir tout seul.
Je m'explique :
-Quel crétin chez un des plus grands manufacturiers de pièces de vélos a eu l'idée de faire des boitiers de pédalier avec des cuvettes de serrage en plastique ?
-Ensuite, quel crétin du même bureau d'étude s'est abstenu de simplement lui dire : "Mais, t'es un vrai crétin ! Comment veux-tu que du plastoque supporte les intempéries ? Et puis, le moindre outil va les faire péter ! Merde, on fait des pièces de vélo, pas des jouets de fête foraine !"
-Toujours plus fort, quel crétin chez le plus grand vendeur de cycles en France a eu l'idée de monter des vélos avec ces même boitiers, probablement dans le but de gratter deux, peut-être trois misérables euros par rapport à un boitier avec des cuvettes en alu ?
-En fin de chaine, pouvez-vous m'expliquer pourquoi je suis assez crétin pour dire des trucs du genre : "Ben, ça va être l'enfer à réparer mais je veux bien essayer..." Et de passer deux heures avec pour outils, burin, marteau et autres objets de grands finasseurs. Au final, je suis content d'avoir réussi mais il y a vraiment des fois ou je devrais fermer ma gueule ou alors, directement me rouler à poil dans les orties. Je suis vraiment le roi pour me punir tout seul.
jeudi 11 octobre 2012
Grandes manoeuvres
Dans le précédent billet, je parlais des chevaux et du cyclimse. Aujourd'hui, c'est moi qui ait dû me comporter comme un bourrin. Mr. W. ne peut plus utiliser son pignon fixe, le pédalier branle de partout et impossible de le démonter, le filetage accueillant l'extracteur est foiré. Une tentative de refaire un filetage de secours un peu plus grand pour un autre extracteur s'est soldée par un échec : pas assez de matière. En plus l'étoile n'est plus vraiment plane et le plateau danse la gigue. Verdict : ce pédalier a fini sa carrière. J'ai donc obtenu le feu vert pour jouer de la meuleuse et manger de la poussière d'aluminium.
Admirez la précision et la légèreté du geste...
N'empêche qu'à la fin c'est moi qui gagne, enfin plutôt les 500 watts de ma meuleuse !
Une nouvelle fois, nous pouvons constater que tout n'est que poussière.
35*P1, ça veut dire que c'est au pas français et qu'il va falloir aider ce vélo à quitter le vingtième siècle parce que maintenant les filetages ne tournent plus dans le même sens.
Sans lui, enlever la cuvette précédente sans tout foirer relève de la folie pure. Lui aussi date du siècle passé et se nomme pragmatiquement "bloque-débloque".
Le bon outil fait le bon ouvrier. Un petit coup de taraud et adieu le 35*100 ! Bienvenue le 1,37*24. Adieu pauvre système métrique si simple et cohérent, place aux pouces grotesques et sybillins. Quel charabia la mécanique.
On ne lésine pas sur la pâte anti-blocage. Je prends soin de protéger un filetage comme la peau d'un bébé sur une plage de la Côte d'Azur. On tartine.
Mission accomplie ! Le nouveau boitier est installé dans son petit nid et j'ai pris soin de choisir la longueur d'axe adéquate pour que la chaîne travaille bien en ligne. Yapluka !
mardi 17 juillet 2012
Sortez vos mouchoirs
Malgré certaines tentatives désespérées de la part de certains clients et néanmoins amis, je ne vais pas raccourcir mes vacances d'été tant désirées.
Donc, vous pouvez sangloter tant que vous voulez mais l'atelier sera fermé du samedi 21 juillet au soir et réouvrira ses portes le mardi 14 août. Je prendrai également congé le 15 août, histoire de pas faire une reprise trop brutale. Je suis de nature fragile...
Je vous aurai prévenu-e-s !
ps > Pour autant, le blog ne sera pas complètement en sommeil.
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