Affichage des articles dont le libellé est mauges à vélo. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est mauges à vélo. Afficher tous les articles

mardi 26 septembre 2017

Ici et las


Avant toute chose, une mise en garde s'impose. Le compte-rendu vélocipédique qui suit pourra sembler morbide. Pour autant, ne croyez pas que je sombre dans une profonde dépression. La mélancolie est parfois une alliée de circonstances pour panser certaines plaies de l'âme. Il suffit de savoir se débarrasser d'elle avant qu'elle ne prenne trop ses aises. J'ai donc volontiers accepté sa présence rassurante dans mon sillage tant qu'elle me permettait de m'épancher mais c'est sans remord que j'ai l'ai lâchée d'une preste accélération à la sortie d'un cimetière. Ses soupirs incessants devenaient gênants et cette journée d'automne était trop belle pour ne pas être pleinement appréciée.

La Faucheuse (du moins une cousine) tisse sa toile. La voir à l'ouvrage est fascinant.

Disparaître en un éclair ou faire disparaître l'éclair ? En ce jour, j'aimerai tant pouvoir trancher cette fausse alternative.

Par hasard, je suis tombé sur un cimetière de bornes kilométriques. Si, renversées, elle ne jalonnent plus l'espace, elles semblent bien décidées à défier le temps.


Un autre tas de cailloux découvert en chemin prouve que le chaos (granitique) peut abriter une vie luxuriante.

Je sais bien que certains-e- sont prêt-e-s à commettre n'importe quelle effraction pourvu qu'on se souvienne longtemps d'eux/elles.

Pourtant, en soi passer par là, même brièvement, n'est pas déplaisant. Il semble vaniteux de penser à laisser plus qu'une fragile trace.

Même si des bonimenteurs aimeraient nous convaincre du contraire.

Pour ma part, je n'ai pas disparu que je laisse quand même déjà un sacré bordel derrière moi.

dimanche 3 juin 2012

Bons baisers de Nuaillé

Chère maman,

Je n'ai pas pu venir te souhaiter ta fête aujourd'hui. C'est pourquoi, afin de te rassurer quant à mon rythme de vie quand je suis pas à l'école, je te fais parvenir ces quelques photos et ce petit mot. Prends ceci comme une carte postale pour la fête des mères.

Avec un ami, nous avons décidé d'explorer à vélo la forêt de Nuaillé, en plein dans les Mauges, tout près de Cholet. Comme tu le sais fort bien, par ici les gens sont très croyants. Les croix et autres petits Jésus ne manquent donc pas. Ils sont en telle quantité que parfois ils contribuent presque à nous faire perdre le sens de l'orientation. Un calvaire te dis-je.

Ainsi, nous nous sommes enfoncés dans cette grande et belle forêt, parsemée de multiples bauges, étangs et lacs. La forêt est belle et bien entretenue, visiblement dans un but de chasse. J'ai jamais vu autant d'affûts, tu sais ces petites tours de garde pour les chasseurs. J'ai arrêté de les compter quand leur nombre dépassait celui des calvaires. Malgré cette probable  "forte ponction cynégétique" (tu vois maman, j'ai bien suivi les cours de français et je sais désormais faire des euphémismes) nous avons croisé à deux reprises ce que je crois être une biche ou un faon, ou alors un daim (j'étais moins attentif en sciences-naturelles). Je crois que le vélo nous rend plus furtifs que les 4*4 des chasseurs locaux, mais chut, il ne faudrait pas leur souffler le truc... J'ai pas réussi à prendre la grosse bête en photo, alors je te joins celle du petit âne qui a accepté de se laisser gratter et qui était moins remuant. Imagine que c'est une biche. J'ai aussi une photo avec plein de ruches mais comme d'habitude elle est floue alors je la garde pour moi.

La forêt est tellement grande qu'à un bout, pour s'y repérer, les autochtones n'ont pas pu s'empêcher de mettre leur signalisation locale : une croix et une chapelle. C'était une très belle chapelle qui commémorait une bataille des guerres de Vendée. En bon profane que je suis, j'ai quand même trouvé la relation des habitants à leur dieu un peu étrange. Ils prétendent qu'il est partout et qu'il voit tout mais, en plein dans sa maison de campagne, ils ont mis une caméra et sur la porte un autocollant pour nous dire que la chapelle était sous surveillance. Peux-tu m'expliquer ? Leur dieu qui voit tout et partout, il est devenu aveugle ? Il peut même plus surveiller tout seul sa maison avec tous ses pouvoirs ? Si tu veux mon avis, je crois que les habitants du coin, c'est leur dieu qu'ils surveillent et pas le contraire. Ils ont pas confiance en leur dieu, ils croient pas autant qu'ils veulent bien le dire ! Mais tu as raison, je t'entends déjà dire : "Laisse donc les gens tranquilles, c'est pas tes affaires !".

Nous, on a pique-niqué devant la chapelle. J'avais pas assez emmené à manger, heureusement que mon copain était partageur, sinon j'aurai pas pédalé beaucoup plus avec mes 4 raviolis. Vraiment, les garçons sans leur maman, ils se nourrissent n'importe comment ! Après le repas, comme on était fatigués et pour pas qu'on s'énerve trop l'après-midi, on a fait la sieste. On était bercé par le bruit du vent dans les arbres. J'ai vraiment préféré ça à la sieste obligatoire de l'école où il faut faire semblant de dormir.

Ensuite, on a repris nos vélos auxquels on avait pris soin, la veille, de fournir des chaussures à gros crampons pour rouler dans la bouillasse. On a continué à errer dans la forêt à la recherche de fermes en ruines. Là, au détour d'un chemin on est tombés sur un tout petit chien et son monsieur qui a commencé à aboyer. Alors, le petit chien il a regardé le monsieur en lui disant de se taire, qu'il était pas poli de commencer la conversation sans dire bonjour. Le monsieur, c'était un des maîtres de la forêt. Il aime pas que les "envahisseurs", comme nous viennent dans sa forêt, bien que" les vététistes c'est les moins pires". En discutant un peu, le monsieur s'est détendu. Il a vu qu'on était pas méchants et qu'on avait rien cassé dans sa forêt. Pour te dire, on a même pas écrit notre nom sur la chapelle, alors que tout le monde a fait des scribouillis. J'aurais pu cafter Charles et Lucie Maillet mais ils sont sans doute trop vieux pour être punis. Je garde quand même la photo. On sait jamais. Et puis, pour arrondir les angles, on a dit qu'on était perdus. Je sais c'est pas bien de mentir mais ça aussi je l'ai appris à l'école et puis ça marche tellement bien et ça faisait moins d'énervement pour le monsieur. J'avais peur pour son coeur.

Alors, on a rebroussé chemin, de toutes façons, il fallait rentrer à Angers. Je commençais à être fatigué aussi parce que j'ai pas trop l'habitude de faire des promenades en forêt de 30 ou 40 kilomètres. Mais, comme ça m'a bien plu, il faudrait que je m'y mette un peu plus.

Je pense bien à toi et vous aime très fort toi et papa.
A bientôt.

Votre fils : Xavier