Suite à mes périgrinations dans le centre-ville d'Angers, j'avais prévu de vous parler de la Place de la Gare. Mais, par la force des choses, je vais à nouveau évoquer la triste Place du Lycée (photo ci-dessus). En effet, la situation n'a pas changé depuis un mois. En bon journaliste gonzo, j'ai aboli la nécessaire distance journalistique et me suis mis dans la peau d'un-e cycliste cherchant à garer son vélo sur la place. En son temps, Hunter Stockton Thompson frayait avec les Hell's Angels, j'ai de mon côté eu fort affaire avec un commerçant (dont je vais néanmoins protéger l'identité et le chiffre d'affaire) qui ne rechigne pas à laver son linge sale en public. Les temps héroïques ont cédé la place aux temps pathétiques.
Prenons les faits par le commencement. Comment garer son vélo Place du Lycée ? Comme les autochtones, c'est à dire comme ça ?
Hum, la méthode ressemble à une sorte d'abandon volontaire. Un peu comme ces personnes qui l'été venu lâchent le chiot devenu trop grand sur la bande d'arrêt d'urgence de l'autoroute et qui cherchent à se convaincre que rien de grave ne va lui arriver : "Avec un peu de chance quelqu'un va l'adopter, non ?".
Alors, j'ai tenté d'autres approches. J'ai ausculté le mobilier urbain et j'ai d'abord jetté mon dévolu sur un fauteuil :
Aussitôt mon coeur s'est serré à l'évocation de la personne âgée qui ne pourra pas s'abandonner à la contemplation de l'agitation du monde. Non, décemment, je ne pouvais pas laisser mon vélo ici.
Ici alors ?
Non, je ne voudrais pas entraver la liberté d'expression alors que j'en jouis avec une telle délectation. Et puis surtout, je sais à quel point les colleu-rs/ses d'affiche sont de gros/sses dégueulasses qui auraient tôt fait d'engluer ma belle machine.
Ici ?
Non, mon vélo n'en est pas une !
Là ?
Alors que je prêtais attention à ne pas abîmer les jeunes pousses, quelqu'un m'interpelle et me crie : "Il ne faut pas vous garer là monsieur !". J'aurais bien voulu expliquer au commerçant qui m'alpaguait avec tant d'entrain que j'étais bien d'accord et que justement mon but était d'en faire la démonstration par l'image. Malheureusement, celui-ci ne me laissait pas en placer une et s'époumonait en ressassant sans cesse "Non, je ne veux pas vous écouter ! Non, je ne veux pas vous écouter ! Non, je ne veux pas vous écouter !". Evidemment être aussi obtus est très agaçant et le ton est monté. Difficile d'entamer une vraie conversation avec quelqu'un , qui ne connaît ni "bonjour", ni "au revoir" et qui ne veut pas écouter. Les grognements dans mon dos ne m'ont pas empêché de prendre ma photo. La conclusion est sans appel, il ne faut pas garer son vélo le long des arbres, ça énerve les "amis de la nature". J'ai néanmoins cru comprendre à un moment quelque-chose comme "Les garages à vélo y sont commandés mais pas encore arrivés, faut pas vous mettre là ! Faut pas vous mettre là !". Comme quoi se mettre en danger m'a permis de glaner une information peu fiable mais porteuse d'espoir.
J'ai terminé mon aventure urbaine en mettant mon vélo ici :
Je me suis vite repris. J'ai passé l'âge de m'attacher aux grilles du lycée, je ne me prends pas pour Peter Pan.
Je vous jure que, quand la place sera décemment équipée d'emplacements pour garer les vélos, je ferai un beau reportage photo. J'ai tout du gentil clébard, je grogne parfois mais quand on me nourrit la reconnaissance du ventre prend vite le dessus ! J'attends donc que ça bouge et je ne suis pas le seul.
A très bientôt pour de nouvelles aventures urbaines tout aussi absurdes !
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lundi 30 mai 2016
lundi 8 septembre 2014
Infarctus urbain
La campagne d'affichage ci-dessus s'étale actuellement sur tous les panneaux de la ville d'Angers. Rendre gratuite la première heure de parking était une promesse de campagne du candidat, désormais maire, Christophe Béchu. Elle est entrée en application depuis le premier septembre.
Elle est présentée comme une action visant à re-dynamiser les commerces du centre-ville. Avec le coup de pouce apporté par une heure de gratuité, les consommateurs reviendraient en centre-ville faire leurs emplettes. Pour faire simple : automobiliste = consommateur.
Dans la pratique, ce n'est pas simple : c'est simpliste. Ce genre d'équation est une idée reçue, un vilain fantasme. L'équipe municipale aurait eu une riche idée en se penchant sur l'une des nombreuses études qui tendent à prouver le contraire. Il en ressort constamment que les piétons et les cyclistes possèdent eux aussi un porte-monnaie ! Blague à part, ils sont des clients les plus fidèles aux commerces des centre-ville. Pouvant s'arrêter et repartir sans contraintes de stationnement, ils sont plus enclins à faire leurs emplettes lors de leurs déplacements. Ils dépensent certes moins par passage mais ils reviennent plus fréquemment et au final sont plus dépensiers. Même pendant leurs vacances, ils s'avèrent que les cyclistes sont plus flambeurs que les automobilistes. Et puis, de toutes façons l'automobiliste est plus enclin à se diriger vers les zones commerciales périphérique où tout a été pensé pour et autour de l'usage de la bagnole.
Comble de l'ironie, du cynisme, de la bêtise ou d'un subtil mélange des trois, vous noterez que cette campagne en faveur de l'usage bagnole est illustrée par... des piétons ! C'est la tentative de diversion la plus grotesque et indécente qui m'ait été donnée à voir depuis longtemps.
Au delà de cette mesure, mon courroux émane du contexte local. Alors que les transports individuels sont favorisés, les usagers des transports collectifs (bus et tramway) sont pénalisés par une hausse, au premier juillet, du prix du billet : le ticket simple est passé de 1,40 à 1,50 euro. Mises en perspective, ces deux mesures esquissent une déplaisante image de la solidarité locale. Le tableau ne serait pas complet si je n'évoquais pas les restrictions budgétaires des différents services de la ville et de l'agglomération. J'aimerai comprendre : dans un contexte de restrictions, comment esquisser une réelle politique des transports en se coupant d'une partie des ressources de stationnement ? D'ailleurs, si l'argent public manque tant, favoriser les piétons, les cyclistes et les transports en commun aurait pu être une politique alternative moins coûteuse et porteuse de sens.
Dans ces conditions, nul besoin d'être prophète pour prédire que la seule chose qui puisse arriver au "coeur de ville" c'est au mieux une légère tachycardie, au pire des artères bouchées et l'infarctus qui va avec !
Elle est présentée comme une action visant à re-dynamiser les commerces du centre-ville. Avec le coup de pouce apporté par une heure de gratuité, les consommateurs reviendraient en centre-ville faire leurs emplettes. Pour faire simple : automobiliste = consommateur.
Dans la pratique, ce n'est pas simple : c'est simpliste. Ce genre d'équation est une idée reçue, un vilain fantasme. L'équipe municipale aurait eu une riche idée en se penchant sur l'une des nombreuses études qui tendent à prouver le contraire. Il en ressort constamment que les piétons et les cyclistes possèdent eux aussi un porte-monnaie ! Blague à part, ils sont des clients les plus fidèles aux commerces des centre-ville. Pouvant s'arrêter et repartir sans contraintes de stationnement, ils sont plus enclins à faire leurs emplettes lors de leurs déplacements. Ils dépensent certes moins par passage mais ils reviennent plus fréquemment et au final sont plus dépensiers. Même pendant leurs vacances, ils s'avèrent que les cyclistes sont plus flambeurs que les automobilistes. Et puis, de toutes façons l'automobiliste est plus enclin à se diriger vers les zones commerciales périphérique où tout a été pensé pour et autour de l'usage de la bagnole.
Comble de l'ironie, du cynisme, de la bêtise ou d'un subtil mélange des trois, vous noterez que cette campagne en faveur de l'usage bagnole est illustrée par... des piétons ! C'est la tentative de diversion la plus grotesque et indécente qui m'ait été donnée à voir depuis longtemps.
Au delà de cette mesure, mon courroux émane du contexte local. Alors que les transports individuels sont favorisés, les usagers des transports collectifs (bus et tramway) sont pénalisés par une hausse, au premier juillet, du prix du billet : le ticket simple est passé de 1,40 à 1,50 euro. Mises en perspective, ces deux mesures esquissent une déplaisante image de la solidarité locale. Le tableau ne serait pas complet si je n'évoquais pas les restrictions budgétaires des différents services de la ville et de l'agglomération. J'aimerai comprendre : dans un contexte de restrictions, comment esquisser une réelle politique des transports en se coupant d'une partie des ressources de stationnement ? D'ailleurs, si l'argent public manque tant, favoriser les piétons, les cyclistes et les transports en commun aurait pu être une politique alternative moins coûteuse et porteuse de sens.
Dans ces conditions, nul besoin d'être prophète pour prédire que la seule chose qui puisse arriver au "coeur de ville" c'est au mieux une légère tachycardie, au pire des artères bouchées et l'infarctus qui va avec !
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