Un cycliste, M. Charles Raffond, âgé de trente ans, passait, hier, avenue des Batignolles, à Saint-Ouen, lorsqu'il fut renversé par une automobile conduite par le chauffeur Joseph Verbauwen.
Raffond se releva, ne portant que de légères contusions, et l'accident n'aurait eu aucune importance si environ deux cents personnes n'avaient pris fait et cause pour le cycliste, menaçant de faire un mauvais parti au chauffeur. De plus en plus surexcités, en effet, les spectateurs s'apprêtaient à brûler la voiture, lorsque les agents intervinrent heureusement à temps pour repousser les autophobes.
"Le chauffeur l'échappe belle", Le Journal, 2 juillet 1910.
Cet extrait croustillant provient d'une anthologie qui vient de paraître aux éditions Le pas de côté : Ecraseurs ! Les méfaits de l'automobile, revient sur les premiers tours de roues de l'automobile. Cette accumulation roborative écorne le mythe d'un progrès automobile accueilli avec envie et à bras ouverts par l'ensemble de la population. Il est même surprenant de constater que les "automaboules" ont parfois récolté une colère à la hauteur de leur dédain pour la piétaille : tentatives de lynchages, coups de feux, traquenards, sabaotages. La lutte des classes s'exprime parfois par des chemins tortueux et inattendus
Cet ouvrage se picore avec délectation, l'humour est au rendez-vous, les groupements par thèmes bien sentis et quelques illustrations viennent agrémenter le tout. Le livre parfait pour trôner dans les toilettes. C'est le meilleur compliment que je puisse faire à propos d'une anthologie. D'ailleurs si vous venez au 21, c'est là que vous trouverez mon exemplaire.
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mercredi 12 octobre 2016
samedi 30 novembre 2013
Les bienfaits de la vélocipédie
Après la réédition de Voici des ailes, les éditions Le pas de côté persistent dans la veine cyclophile (et ce n'est qu'un début semble-t-il) avec la publication d'une anthologie paraphrasant le célèbre phrase de Giffard* intitulée Les bienfaits de la vélocipédie. L'ouvrage compile des extraits couvrant la période de la naissance et de l'essor de la bicyclette de 1860 à 1900.
Ce qui pourrait n'être qu'un fatras sans queue ni tête est agréablement classé par thèmes aux titres évocateurs : "vélorutionnaire", "le cheval d'acier", "pignons et goupillon", "féministe", "morsures de mollets", etc.
Les extraits sont puisés aussi bien dans la presse généraliste et spécialisée de l'époque, mais aussi dans le droit, la médecine, la littérature, voire la poésie. Aussi surprenant que cela puisse paraître, le côté anecdotique de tous ces extraits éparpillés permet de se faire un tableau sans doute assez réaliste des pensées de l'époque avec tout ce que cela implique comme a priori et idées préconçues lorsqu'il s'agit d'une nouveauté porteuse de changement. Le plus souvent, on sent souffler une pensée positiviste pleine d'espoir quant à l'émancipation que la science et les techniques ne vont pas manquer d'amener à l'humanité. A l'inverse, le livre pointe également tous les crispations conservatrices de certains qui craignent (à juste titre mais de manière fantasmée) que la bicyclette ne trouble l'ordre social.
J'avoue m'être tapé de bonnes barres de rire à la lecture de certains extraits. Parfois, j'ai ri de bon coeur lorsque l'ineffable docteur Tissié mettait en garde le cycliste et lui intimait de baisser la tête parce que bouche ouverte au vent "L'air s'engouffrera dans les poumons, et à un moment donné, [...], le vélocipédiste ne pourra plus expirer.". J'ai ri jaune quand un de ses confrères rappelait que les femmes sont "un utérus avec des organes autour". Belle conception réductionniste !
J'espère vous avoir donné envie de lire cet ouvrage. J'en avais commandé plusieurs exemplaires par le truchement des mes collègues de Les Nuits Bleues, il ne m'en reste qu'un à vendre (16 euros). Premier-e arrivé-e, premier-e servi-e ! De toutes façons, vous pourrez consulter l'exemplaire de l'atelier.
* La vélocipédie est plus qu'un sport, c'est un bienfait social.
mardi 29 janvier 2013
Voici des ailes
Voici des ailes est le titre d'un court roman de Maurice Leblanc, le créateur d'Arsène Lupin. Témoin du développement de la bicyclette, il en devient un ardent défenseur et rédige cet ouvrage, plaidoyer pour la petite reine à peine déguisé en roman. Publié pour la première fois en 1898, Voici des ailes raconte le voyage à vélo improvisé par deux couples de la bourgeoisie parisienne.
Je préviens tout de suite que les amateurs du style concis peuvent passer leur chemin. Ici, les phrases sont parfois maniérées, la langue pour le moins touffue. Nous sommes bien loin de l'univers des polars américains où tout est dit avec un sujet, un verbe et un complément.
L'aspect qui m'a le plus intéressé concerne les rapports qu'entretiennent les femmes du roman avec le vélo. Au fil des pages, l'image qu'elles ont d'elles-mêmes change, en même temps que l'image qu'elle veulent donner à la société. Peu à peu, on assiste à un début d'émancipation :
-Moi, je ne me reconnais pas, avoua Madeleine, je n'aurais jamais pensé que je consentirais à porter ces horribles culottes et que je m'y trouverais très bien.
-Et moi, fit Régine, moi qui me plonge la tête dans des fontaines publiques et qui me montre, après, sans m'arranger... Et dire que ça ne me gêne pas et que je suis tout à fait à l'aise !
Ainsi, elles redécouvrent leur corps, se mettent à son écoute et prennent un plaisir non dissimulé à le mettre en mouvement. A tel point qu'entre Bretagne et Normandie :
"[...] ils virent cet étrange spectacle : Régine, les bras nus, le buste nu, nu jusqu'à la ceinture. Elle passa ainsi sous leurs yeux. La tête se redressait en une attitude provocante. La poitrine se cambrait fièrement, et, de cette gorge aux pointes aiguës, elle fendait les flots de l'air, pareille aux sirènes antiques dont les seins coupaient l'assaut des vagues.
Le pouvoir de la bicyclette est réellement édifiant, non ?
J'en sens certain-e-s qui sont déjà tout émoustillé-s qui adoreraient se mettre ce livre sous la dent, sous la tente cet été, comme récompense d'une longue journée de pédalage. Soyez rassuré-e-s, vous pouvez vous le procurer auprès de moi, j'en ai quelques exemplaires à l'atelier.
Voici des ailes, Maurice Leblanc, éd. Le pas de Côté, 7 €
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