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vendredi 28 juin 2013

Les Chariots de Feu

Des historiens, ethnologues, et autres sociologues se plaisent à affirmer que la civilisation n’est qu’un vernis fragile plaqué sur des atavismes barbares antédiluviens. En langage non universitaire, cela signifie que malgré quelques bonnes manières du style “bonjour, merci, au revoir”, durement inculquées par nos darrons, nous ne serions que des bourrins des cavernes mal dégrossis.

Le cyclisme ne dérogerait pas à la règle. Il est vrai que sous des dehors respectables, ce sport est souvent victime de réflexes quasi-chamaniques. Cela contribuerait à expliquer que la consommation anarchique de substances toxiques reste ancrée dans le comportement des compétiteurs. Sport moderne par excellence, le cyclisme se nourrit paradoxalement d’une spiritualité plusieurs fois millénaire qui le dépasse. Il en découle parfois une surprenante perte de toute rationalité et une brusque résurgence de pratiques païennes qu’on croyait disparues mais qui n’étaient que refoulées.

Cette thèse audacieuse, n’a jusqu’à présent pas été corroborée par une vraie démarche scientifique. L’increvable chercheur en vérité que je suis s’est, une nouvelle fois, dévoué. Je me suis frotté à une secte cycliste adoratrice de la “Roue-Soleil”. Née en Anjou, ce groupuscule est en quête de nouveaux/elles membres, le prosélytisme les a poussé à adopter un nom anglo-saxon plus “commercial”. Officiellement, ils constituent donc la secte des “Wheels on Fire”.

Leur corpus théologique est à leur image, simple et pouilleux dépouillé. Ils vénèrent le “Dieu-Soleil” qui sous sa forme terrestre s’incarnerait dans la roue d’un vélo. Leur croyance peut-être résumée par l’accroche suivant : “La Roue est grande (ils préfèrent le 700C) et Jalabert est son prophète !”. Peut-être les avez-vous déjà croisés car, le dimanche, ils battent la campagne à vélo et cherchent à rallier à leur cause le plus grand nombre possible de disciples. Sans grand succès pour le moment.

Chaque année, après une enième échappée, ils se réunissent dans un lieu tenu secret. Le pèlerinage se tient aux alentours du solstice d’été. Ils saluent alors le Soleil qui, au sommet de sa gloire, va bientôt infléchir sa course vers les rigueurs de l’hiver où ils feront alors pénitence. Cette longue soirée voit les démonstrations de foi se succéder à vive allure. Comme vous allez le constater en images, le feu et la symbolique de la lumière y tiennent une place centrale. Cette frénésie bacchique n’est pas sans danger et certains n’en sont pas sortis physiquement et mécaniquement indemnes. Pourtant, malgré les meurtrissures, leurs visages irradiaient de joie. Je pouvais lire sur leurs traits tirés l’extase de la révélation.

Avant de clore cette courte présentation, je tiens à dire que le pèlerinage s’est déroulé cette année dans un climat de défiance extrême à l’égard des journalistes et autres chercheurs. Comme vous le savez leur prophète est actuellement attaqué sur le terrain de la moralité. Le rassemblement ressemblait donc cette année à une démonstration de force de la part des sectateurs qui sont persuadés que le martyr de leur “Jaja” ne peut que contribuer à leur donner la visibilité et le respect jusqu’ici tant attendus. Pour ma protection, je me suis fondu dans la masse et j’ai fait profil bas.

Evidemment, en cycliste adhérant au courant rationnel et émancipateur, je n’adhère pas à tout ce fatras néo-païen. Les offrandes inutiles et barbares de saucisses et autres chipolatas carbonisées, ou encore la tentative désastreuse d’un des membres de la secte de faire un “bunny-up” au dessus d’une église me semble d’un archaïsme criant. Pourtant, convaincus d’être à l’aube d’un âge d’or de la “Roue-Soleil”, je dois reconnaître que le groupe respire une certaine joie d’être au monde et une créativité communicatives. Alors, pour apporter uune amorce de réponse à la thèse de départ de cet article, je dirai que se sont certes des "barbares" mais, leur absence de civilisation ne signifie en rien absence d'humanité. Malgré leur aveuglement religieux, ils ont su me prouver le contraire.

Le "MC" et son attirail

Une des fresques de leur temple

Un message probablement codé

Leur prophète, le grand absent de la soirée

Purification des vélos

Quelques offrandes

"Roue-Soleil"


Le démarrage canon d'un sectateur. Plus rapide qu'un correcteur du bac

La frénésie gagne

 Toujours plus de pyrotechnie

Une victime expiatoire

dimanche 16 juin 2013

Club des 100 cols

Dans mon entourage vélocipédique j'en connais pas mal qui bénéficient d'un sacré coup de pédale et beaucoup plus qui brillent en par leur descente. Ceux/celles là, je les range dans le Club des sans faux-cols. Je ne connais à ce jour qu'une seule personne qui fasse partie du Club des 100 cols.

Ce club est pour le moins discret. Cela semble tout naturel tant son entrée est sélective bien que la règle du jeu soit fort simple (à énoncer). Pour être admis dans cette étroite confrérie, il "suffit" de franchir au moins 100 cols différents dont au moins 5 culminant à plus de 2000 mètres. Cette folie est née en 1972 de la volonté d'un cyclotouriste savoyard grimpeur acharné : Jean Perdoux. Ce que j'apprécie dans le Club des 100 cols c'est que la validation se fait sur la bonne foi du cycliste. La confiance règne. Il suffit que les cols soient reconnus dans la liste de l'association. Dommage pour moi, je connais en Maine-et-Loire un col de complaisance à 79 mètres. Je pars donc avec un net retard sur certain-e-s qui en sont déjà à plus de 1000 franchissements.

J'ai donc un client qui fait partie du club. A lui seul, il reflète l'état d'esprit du club et cette approche joviale du vélo. La semaine passée, l'air de rien, il m'a confié en être à 382 cols. J'ai jetté un oeil effaré à son vélo et me suis dis qu'une photo s'imposait :


C'est probablement le seul Topbike qui mérite vraiment son nom. En général, je n'ai rien contre cette marque lorsque je l'aperçois au sommet des déchèteries. Cet exemplaire est probablement le seul vélo de grandes surfaces qui tutoie ainsi les grands espaces. Savoir qu'un cycliste passe des dizaines de cols par an sur cet engin hors d'âge et presque d'usage me fait relativiser le fétichisme ambiant sur matériel et me rappelle que le plus important dans le vélo, c'est le cycliste.

Club des 100 cols