C'est pas parce qu'il est tombé au bac il y a quelques années qu'il faut dédaigner le poème qui suit. Par contre, débrouillez-vous pour trouver les corrigés et les analyses de texte, moi, en feignasse qui savoure ses derniers instants de vacances, je me laisse porter.
La bicyclette
Passant dans la rue un dimanche à six heures, soudain,
Au bout d'un corridor fermé de vitres en losange,
On voit un torrent de soleil qui roule entre des branches
Et se pulvérise à travers les feuilles d'un jardin,
Avec des éclats palpitants au milieu du pavage
Et des gouttes d'or — en suspens aux rayons d'un vélo.
C'est un grand vélo noir, de proportions parfaites,
Qui touche à peine au mur. Il a la grâce d'une bête
En éveil dans sa fixité calme : c'est un oiseau.
La rue est vide. Le jardin continue en silence
De déverser à flots ce feu vert et doré qui danse
Pieds nus, à petits pas légers sur le froid du carreau.
Parfois un chien aboie ainsi qu'aux abords d'un village.
On pense à des murs écroulés, à des bois, des étangs.
La bicyclette vibre alors, on dirait qu'elle entend.
Et voudrait-on s'en emparer, puisque rien ne l'entrave,
On devine qu'avant d'avoir effleuré le guidon
Éblouissant, on la verrait s'enlever d'un seul bond
À travers le vitrage à demi noyé qui chancelle,
Et lancer dans le feu du soir les grappes d'étincelles
Qui font à présent de ses roues deux astres en fusion.
Jacques Réda, Retour au calme , éditions Gallimard, 1989.
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mercredi 15 août 2018
samedi 7 octobre 2017
Divin Devon
Je crois avoir déjà, par le passé, glissé un poème de John Helston. En voici un autre extrait de Poèmes d'un Cycliste qui me donne envie d'embarquer mon vélo dans le premier ferry avant que la poussière ne devienne boue.
Les chemins du Devon
Au-dessus des collines du Devon l'ouest coloré est beau.
Le soleil couchant me rejoint sur les collines, ses oripeaux déployés.
Et il y a une splendeur dans ce pays que j'aperçois à peine,
Qui gagne mes sens depuis l'extrémité doré du monde.
D'où vient-elle, cette Beauté sentie au cœur de l'homme,
Qui fait de son sang l'écho de choses plus que mortelles,
Et la poussière anglaise sur les chemins du soir sous sa roue de vélo
Le sentier vers la côte mythique où chante l'eau-sirène.
Extrait de The Rhymes of a Cyclist, traduction de l'anglais par Edward Nye
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