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mardi 2 octobre 2018
Rayons Libres
Excellente émission avec pour invité Olivier Gombert de Vélorution Paris Ile de France ! Je souscris pleinement au laïus sur le "vélo électrique" en milieu d'émission. Par ici !
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vendredi 10 janvier 2014
La provocation en héritage
J'espère que personne ne croit que
JC Decaux soit l'inventeur du concept de vélo en libre-service. A
vrai dire, comment croire qu'un-e publicitaire ait pu inventer quoi
que ce soit ? Il me semble néanmoins pertinent de rappeler que
le Vélib' et autres déclinaisons ne sont que les avortons ratés
(vous noterez la redondance parfaitement assumée) d'une idée lancée
par un mouvement contestataire nommé les « provos ».
Les provos sont un groupe subversif que
par paresse intellectuelle on qualifie souvent
« d'extrême-gauche ». Il émerge aux Pays-Bas en
1965. Les provos puisent beaucoup de leur inspiration dans l'histoire
de l'anarchie. Ils/elles s'inspirent également des révoltes
populaires, de CoBrA, des lettristes et j'en passe. S'ils/elles sont
assez difficilement classables, c'est aussi parce que peu enclins à
théoriser leur révolte et qu'ils/elles n'ont pas laissé à la
postérité un corpus idéologique très riche. Leur seul dogme
pourrait bien avoir été l'improvisation. Cela ne les a pas empêché
de marquer durablement les mouvements libertaires et écologistes
européens. Ce n'est pas rien quand on pense que le noyau dur de ce
mouvement informel ne comptait probablement qu'une trentaine de
membres sur Amsterdam. Comme quoi les bonnes idées se diffusent
facilement par capillarité.
Les provos avaient fait du blanc leur
emblème. Le symbolisme en est assez basique : le blanc couleur
de pureté. Tellement simple que même JC Decaux aurait pu y
penser, un jour de grand bouillonnement intellectuel. Je tiens à
dire qu'ici l'usage du blanc est « étranger »à toute
connotation raciale. Leur « wit » s'oppose au « blank »
qui définit la couleur de peau. Le blanc est ici plutôt à opposer
à l'orange de la monarchie néerlandaise, une de leur cible
favorite.
Fort de cet outillage symbolique somme
toute très léger, les provos mèneront nombre d 'actions
« blanches ». Ils ouvriront par exemple des « maisons
blanches », c'est à dire des squats pour soulever la question
du logement. Mais, si je vous parle d'eux aujourd'hui c'est en
référence à leur plan le plus connu : les « witte
fiets », les « vélos blancs ». Forts concerné-e-s
par les problèmes d'urbanisme, les provos vouaient une haine
farouche à l'automobile. Ils/elles clamaient que «la terreur
exercée sur l'asphalte par la bourgeoise motorisée a duré trop
longtemps ». Le plan vélos blancs dit « provocation
n°5 » proposait de mettre à disposition, en libre-service
gratuit, un très grand nombre de bicyclettes. L'objectif était qu'à
terme leur nombre soit tel que le centre-ville d'Amsterdam soit
interdit aux automobiles. Un premier lot de 50 vélos blancs fut mis
à disposition de la population. Nombre parfaitement dérisoire ?
Cela n'a pourtant pas été du goût des autorités, la police dans
une soudaine frénésie de rigorisme, s'est mise à arrêter
quiconque chevauchait un vélo blanc et, par amalgame, le/la
considérait comme un-e dangereux provo. Les vélos furent rapidement
confisqués sous le fallacieux prétexte qu'ils ne disposaient pas
d'antivol. Ne me demandez pas si cet artifice était légal, je n'en
ai pas la moindre idée. En tous cas, la symbolique de l'action a
semble-t-il beaucoup plus à nombre d'habitant-e-s. Elle a marqué
durablement les esprits et attiré sympathie et reconnaissance
aux provos.
Si la « provocation n°5 »
ressemble en pratique à un échec, l'idée de vélos en
libre-service avait désormais germé et allait connaître une
destinée fertile. En France, le premier projet de vélos en
libre-service est lancé avec flonflons et majorettes en 1974 à La
Rochelle. Une flotte de 350 vélos jaunes est mise à disposition
dans 3 stations. La suite vous la connaissez.
Les provos avait visé juste avec les
vélos blancs, en pionniers ils/elles avaient compris que par sa
simplicité même, le vélo pouvait contribuer à remodeler le visage
de nos villes. S'il le fallait, cela prouve que l'écologie ne peut
être réduite à une question technique et qu'elle est avant tout
affaire de choix sociaux. Cela mérite d'être médité dans une
période où beaucoup espèrent une résolution de la crise
écologique par un énième surplus de technologie. Pourtant ,
comme le vélo, beaucoup d'outils puissants existent déjà, il nous
reste à trouver l'intelligence collective. Enfin, je ne peux finir
sans pointer le fait que le cerveau étroit de Mr. Decaux a dans sa
conception du libre-service oublié la notion cruciale de gratuité...
J'espère qu'un jour où l'autre, nous remédierons à cet oubli.
Tout comme la santé et l'éducation, se déplacer est une nécessité
humaine, alors pourquoi les transports collectifs ne seraient-ils pas
gratuits ? Vaste chantier à peine ouvert.
Pour la toute petite histoire, il faut
savoir que la vélorution angevine lorsqu'elle éclairait le monde de
sa toute-puissance avait lancé le projet de « libérer »
des vélos peints en blanc. De mémoire quatre ou cinq vélos avaient
été préparés mais la dynamique s'est essoufflée et aucun lâcher
de « vélos sauvages », tels qu'ils étaient nommés, n'a
eu lieu.
Si vous voulez aller au delà de mes raccourcis et approximations quant à l'histoire et l'héritage des provos, vous pouvez vous
procurer le bouquin suivant : Provos, Amsterdam 1965-1967, éd.
Nautilus, 2009. Je ne l'ai pas encore lu mais je compte bien
terroriser mes ami-e-s libraires jusqu'à ce qu'ils/elles en
commandent un ou deux exemplaires. De manière plus succincte, je vous conseille ce billet chez Article 11.
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La rochelle 1974,
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provocation n° 5,
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mardi 10 septembre 2013
Dans quel vintage erre ?
Ignorer la déferlante vintage relève de la gageure ou de l’aveuglement. Les meubles, les fringues, tout est vintage. Moi-même, avec le poids (encore léger) des ans, je me sens un peu vintage. Evidemment, la culture vélo ne fait pas exception, sinon pourquoi vous exposerais-je mes états d’âmes ? L’aspect “objet de collection” a toujours été présent chez les fans de cyclisme. Parfois, j’ai l’impression qu’ils/elles ont inventé le concept de “collection” tant ils/elles sont dévoré-e-s par le besoin d’accumuler les vieilleries. Le vélo est un support parfait pour projeter un imaginaire nostalgique. Le cyclisme fourmille de ces petites histoires si bien tournées qui participent à l’édification de sa grande et glorieuse histoire. Pour s’en convaincre, il suffit de jetter un oeil sur le rayon “sports” de n’importe quelle librairie généraliste. Les bouquins sur le vélo et son passé encombré font ployer les étagères, particulièrement au début de l’été. En comparaison, la plupart des autres sports semblent presque sans passé où étrangement amnésiques. En plus d’être capable de faire vendre du papier, le cyclisme fait, à mon humble avis, partie des rares activités physiques susceptibles de fournir un terreau conséquent et renouvellé apte à nourrir une littérature digne de ce nom, ce qui vous en conviendrez n’est pas exactement la même chose.
Tout ça pour vous convaincre, s’il le fallait, que le vélo représente un terrain de prédilection au développement du vintage et de sa quête d’”originalité” et d’”authenticité”. Je m’inclus dans le mouvement. Je possède quelques “vieux” vélos qui, pendus au plafond, ont presque perdu leur fonction première de moyen de déplacement pour devenir objets de pure adoration. Pour autant, je ne m’interdis pas d’être critique quant à cette tendance lourde (l’adjectif est je crois le plus approprié) de notre société. Le vintage est devenu un qualificatif commercial comme un autre. Les années 80 et 90 nous vendaient des produits “révolutionnaires”, les années 2000 et 2010 ne jurent que par deux extrêmes, la technologie et le vintage. Ainsi, combien de vélo soi-disant vintage encombrent inutilement les sites de petites annonces alors que prosaïquement les termes ”épave” où “tas de merde” conviendraient parfaitement. Comme d’habitude, lorsqu’un terme est vendeur, il est galvaudé et vidé de sens.
Ce qui me questionne le plus, c’est le pourquoi d’un tel engouement. Il est fascinant de constater que le “cyclisme-vintage” exalte un passé rassurant. Par exemple, en France, les rassemblements jouent beaucoup sur une image dorée de notre passé : 1936 et les congés payés, où alors une forme de chic parisien un peu désuet, où encore le côté terroir et ses bons produits, etc. En clair, un passé qui n’a, je crois, jamais existé. Un passé revisité, recréé et débarrassé de ses oripeaux les moins “glamour” (les termes glamour et vintage sont rarement très éloignés l’un de l’autre). Une mémoire sélective et parfois un peu trop cocardière à mon goût. Du cocardier à l’entre-soi, il n’y a qu’un pas qui est parfois vite franchi. Le vintage permet de se fabriquer un cocon aux codes parfois hermétiques pour l’extérieur mais rassurant en son sein car consensuel.
J’ai le sentiment que l’émergence de la mode vintage correspond à peu près à un reflux du mouvement activiste et subversif actif au sein de la culture vélo. Jusqu’au début des années 2000, beaucoup de rassemblements cyclistes tournaient autour de la question de la réappropriation de l’espace public urbain ainsi qu’à des problématiques sociales et écologiques plus générales. Les “vélorutions” et autres “masses critiques” qui ont émergé en nombre à cette époque avaient une coloration certes festive mais étaient porteuses de revendications et de questionnements sur et vers la société. Il y avait une volonté de se grouper tout en restant ouvert. Ces groupements avaient l’ambition de se frotter à l’autre avec tout ce que cela peut avoir de dérangeant (se frotter à un automobiliste peu amène est susceptible de laisser quelques traces, j’en témoigne) et la petite déstabilisation de notre train-train que cela représente potentiellement. Si cet aspect revendicatif n’a pas disparu, notamment au travers des ateliers de réparation participatifs, il a, me semble-t-il, marqué le pas au profit de rassemblements cyclistes plus “familiaux” où l’altérité est moins présente et où la question sociale est remplacé par la recherche d’une forme de bien-être individuel. Je ne jette pas la pierre, moi aussi, j’ai besoin de partager de bons moments avec des gens avec qui je partage une certaine communauté d’esprit. A vrai dire, ces deux facettes de la culture cycliste peuvent aisément cohabiter. Je pense simplement que si nous n’y prenons pas garde, nous pouvons glisser vers une conception communautariste, et par là-même excluante de la sphère cycliste. Et si nous persistons, ce chemin de travers(e) nous mènera à perdre une partie de notre lien au monde qui nous entoure. Un monde encore loin d’être acquis à la pratique du vélo faut-il le rappeler ? Le vélo ne doit pas être un enième accessoire de mode utile à se reconnaître entre pairs. Il doit rester ce qu’il a toujours été, un outil d’émancipation pour tou-te-s.
Tout ça pour vous convaincre, s’il le fallait, que le vélo représente un terrain de prédilection au développement du vintage et de sa quête d’”originalité” et d’”authenticité”. Je m’inclus dans le mouvement. Je possède quelques “vieux” vélos qui, pendus au plafond, ont presque perdu leur fonction première de moyen de déplacement pour devenir objets de pure adoration. Pour autant, je ne m’interdis pas d’être critique quant à cette tendance lourde (l’adjectif est je crois le plus approprié) de notre société. Le vintage est devenu un qualificatif commercial comme un autre. Les années 80 et 90 nous vendaient des produits “révolutionnaires”, les années 2000 et 2010 ne jurent que par deux extrêmes, la technologie et le vintage. Ainsi, combien de vélo soi-disant vintage encombrent inutilement les sites de petites annonces alors que prosaïquement les termes ”épave” où “tas de merde” conviendraient parfaitement. Comme d’habitude, lorsqu’un terme est vendeur, il est galvaudé et vidé de sens.
Ce qui me questionne le plus, c’est le pourquoi d’un tel engouement. Il est fascinant de constater que le “cyclisme-vintage” exalte un passé rassurant. Par exemple, en France, les rassemblements jouent beaucoup sur une image dorée de notre passé : 1936 et les congés payés, où alors une forme de chic parisien un peu désuet, où encore le côté terroir et ses bons produits, etc. En clair, un passé qui n’a, je crois, jamais existé. Un passé revisité, recréé et débarrassé de ses oripeaux les moins “glamour” (les termes glamour et vintage sont rarement très éloignés l’un de l’autre). Une mémoire sélective et parfois un peu trop cocardière à mon goût. Du cocardier à l’entre-soi, il n’y a qu’un pas qui est parfois vite franchi. Le vintage permet de se fabriquer un cocon aux codes parfois hermétiques pour l’extérieur mais rassurant en son sein car consensuel.
J’ai le sentiment que l’émergence de la mode vintage correspond à peu près à un reflux du mouvement activiste et subversif actif au sein de la culture vélo. Jusqu’au début des années 2000, beaucoup de rassemblements cyclistes tournaient autour de la question de la réappropriation de l’espace public urbain ainsi qu’à des problématiques sociales et écologiques plus générales. Les “vélorutions” et autres “masses critiques” qui ont émergé en nombre à cette époque avaient une coloration certes festive mais étaient porteuses de revendications et de questionnements sur et vers la société. Il y avait une volonté de se grouper tout en restant ouvert. Ces groupements avaient l’ambition de se frotter à l’autre avec tout ce que cela peut avoir de dérangeant (se frotter à un automobiliste peu amène est susceptible de laisser quelques traces, j’en témoigne) et la petite déstabilisation de notre train-train que cela représente potentiellement. Si cet aspect revendicatif n’a pas disparu, notamment au travers des ateliers de réparation participatifs, il a, me semble-t-il, marqué le pas au profit de rassemblements cyclistes plus “familiaux” où l’altérité est moins présente et où la question sociale est remplacé par la recherche d’une forme de bien-être individuel. Je ne jette pas la pierre, moi aussi, j’ai besoin de partager de bons moments avec des gens avec qui je partage une certaine communauté d’esprit. A vrai dire, ces deux facettes de la culture cycliste peuvent aisément cohabiter. Je pense simplement que si nous n’y prenons pas garde, nous pouvons glisser vers une conception communautariste, et par là-même excluante de la sphère cycliste. Et si nous persistons, ce chemin de travers(e) nous mènera à perdre une partie de notre lien au monde qui nous entoure. Un monde encore loin d’être acquis à la pratique du vélo faut-il le rappeler ? Le vélo ne doit pas être un enième accessoire de mode utile à se reconnaître entre pairs. Il doit rester ce qu’il a toujours été, un outil d’émancipation pour tou-te-s.
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