Et je vous écris ça du TER Lorraine fluo de 6 h 58 du matin qui m'emmène au boulot. C'est ça qui me paraît violent, être arrachée du lit à 5 h 55 en plein hiver, avoir le corps tellement engourdi de fatigue que ça fait comme un grésillement de radio dans la tête. Et au bout de plusieurs semaines comme ça, ne plus réussir à bouger de sa chambre à 21 h, être comme assommée. Et le corps tellement militaire que les yeux s'ouvrent tout seuls à 4 h et demandent C'est maintenant le réveil, chef ? Et le cerveau de répondre Non encore 1 h 50 de sommeil qu'on ne trouvera finalement jamais. Puis traverser la ville à vélo sous la pluie sans phares avec les pneus plats et monter comme un bon petit soldat dans ce putain de TER fluo aux rames trop courtes dans lesquelles certaines meufs sont si bien maquillées qu'on imagine qu'elles ont pas dû traîner au lit à écouter la radio, elles. Et je me dis que d'être si sérieusement apprêtée dans un train de 6h58 avec la nuit qui défile entre Metz et Nancy pour aller faire un boulot de merde, ça aussi c'est violent.
Lorraine brûle, Jeanne Rivière, Gallimard, 2025.
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